Innovation

Detour, un guide touristique dans votre poche

En lançant son application Detour, le fondateur et ancien patron de Groupon, Andrew Mason, veut changer la façon dont le touriste visite une ville

Andrew Mason est bien placé pour savoir que comme le veut le dicton, on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Irrité en 2006 par la difficulté à annuler son contrat avec un opérateur téléphonique, le jeune entrepreneur est persuadé que pour le consommateur, l’union fait la force. Deux ans plus tard, Groupon voit le jour et lance la mode de l’achat groupé, nouvelle lubie de l’e-commerce. A l’été 2014, frustré par une visite groupée dans les rues de Rome avec un guide audio qu’il partage avec sa femme, l’ancien directeur général de Groupon rentre aux Etats-Unis avec l’intention de révolutionner le marché des applications audio touristiques.

En février 2015, Detour débarque sur l’Apple Store pour «donner vie à l’histoire invisible de San Francisco», comme nous l’explique l’attachée de presse de la start-up californienne. Onze mois plus tard, ce guide audio immersif qui veut vous faire visiter une ville comme vous arpentez les salles d’un musée, va étendre ses balades narratives aux villes de Los Angeles, Chicago et New York. Des extraits sont également déjà disponibles pour Paris, Berlin, Barcelone, Londres et Marrakech, en attendant l’arrivée de l’application sur Android, prévue pour début 2016.

Si vous avez toujours rêvé de vous promener dans San Francisco en écoutant les histoires qui racontent l’identité des quartiers et attractions visités, il vous en coûtera 25 francs pour 10 marches. Chaque podcast est narré par un journaliste, un acteur du quartier – comme par exemple un pêcheur pour les quais de San Francisco, ou par une personnalité locale comme l’acteur de la série Les Soprano, Vinny Vella, pour la visite du quartier italien de New York.

La visite à domicile est interdite

Disponible sur iOS, Detour «investit massivement dans la qualité du contenu de chaque promenade, qui prend trois à quatre mois pour être créée», précise la start-up, qui pour l’instant se finance sans levée de fonds. Parmi la quinzaine d’employés, la majorité sont des ingénieurs du son, des développeurs et des producteurs radio. Téléchargeable gratuitement sur iOS, Detour peut être simultanément utilisée par quatre personnes en même temps. Grâce au GPS de l’iPhone et aux iBeacons, sa technologie permet d’identifier en temps réel l’emplacement de l’utilisateur, et donc le démarrage des contenus adéquats.

Dans son modèle économique actuel, l’application ne facture pas qu’au forfait ou à l’abonnement de 20 francs par an pour écoutes illimitées: l’utilisateur peut aussi payer au tour individuel, 5 francs pour les villes nord-américaines, 8 francs pour les cités européennes et Marrakech. Dans sa nouvelle version améliorée, la nouvelle plateforme d’Andrew Mason adapte aussi la route à la météo et ajuste ses arrêts en fonction des mouvements de population. Pour conforter son statut autodéclaré de promoteur d’explorations urbaines, Detour ne fonctionne nulle part ailleurs que dans la rue, et surtout pas chez soi.

Rendre le monde réel plus intéressant

«L’idée est vraiment de construire une expérience divertissante qui vous pousse à la confrontation avec le vrai monde. En allant à la rencontre physique des endroits, vous en tirerez une meilleure appréciation», explique Andrew Mason. Cet appel à l’exploration oblige à rapidement résoudre un des défauts principaux de l’application: l’optimisation GPS peut utiliser jusqu’à 30% de la batterie du téléphone pour certaines visites. «C’est un souci majeur pour quiconque veut concevoir une expérience mobile, et encore plus pour nous, puisque nous envoyons les gens dans la rue. On doit donc s’assurer que leur batterie dure», confirme Andrew Mason.

En faisant du détail et de l’immersion le produit d’appel de son «storytelling», Detour reprend le concept novateur utilisé par le musée de Young de San Francisco, qui pour la première fois dans un espace intérieur utilise le système GPS d’Apple avec une technologie de géolocalisation pour aider le chaland à naviguer entre un Picasso et un Cassatt. Pour Andrew Mason, c’est en «aidant les gens à se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre et en renforçant l’identification avec celui qui incarne l’endroit visité» que Detour se démarque de la concurrence.

Car le marché du tourisme et du loisir n’a pas attendu Detour pour améliorer la fameuse expérience-utilisateur. Les applications de TripAdvisor et Rough Guides ou les start-up Peek et Dojo, financées elles deux par des capital-risqueurs, ont déjà changé le marché. Detour veut le révolutionner. «Pour nous, la réalité virtuelle Oculus est un concurrent car notre mission est de rendre le monde réel plus intéressant», annonce Andrew Mason.

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