Droit

Razzia zurichoise chez les avocats d'affaires romands

L'étude Walder Wyss s'implante à Lausanne et Genève, raflant au passage 18 collaborateurs chez sa concurrente Froriep. L'opération trahit la tendance à la concentration qui agite le secteur

Les choses bougent vite et fort dans le monde feutré des avocats d’affaires romands. L’étude zurichoise Walder Wyss ouvre cette semaine des bureaux à Genève et Lausanne, grâce au transfert massif d’avocats venus de sa concurrente Froriep. Au total, ce sont 18 avocats associés et collaborateurs, stagiaires et secrétaires qui passent d’un cabinet à l’autre. Ce méga-transfert, à l’échelle romande, illustre la course à la taille et à la spécialisation qui transforme le secteur.

«C’est complètement exceptionnel, je n’ai jamais entendu parler d’un transfert aussi massif, observe un avocat d’affaires genevois qui n’appartient pas aux études concernées. Dans le monde anglo-saxon, on voit des équipes de 120 avocats passer d’une étude à l’autre, mais pas ici.»

Taille, renommée et connexion

Selon Nicolas Iynedjian, ancien de Froriep devenu associé du bureau lausannois de Walder Wyss, ce transfert en bloc permet à l’étude alémanique de disposer tout de suite d’équipes complètes en Suisse romande. Avec des compétences en droit bancaire et immobilier, en conseil fiscal et patrimonial, en installation de fortunes étrangères, notamment.

Le phénomène est encore plus marqué en Suisse romande qu’en Suisse alémanique

Par sa taille, sa renommée, ses connexions avec de grands cabinets internationaux, Walder Wyss espère attirer «des clients étrangers désireux d’acheter, d’investir ou de s’établir en Suisse romande», complète Philippe Pulfer, associé du bureau genevois. «La synergie fait que cette étude acquerra davantage de clients» dans la région.

Pour Luc Defferrard, l’un des trois associés dirigeants de Walder Wyss à Zurich, «ces mouvements montrent que les études sont en train de bouger. Et il y a un phénomène encore plus marqué en Suisse romande qu’en Suisse alémanique.»

Des études ont fusionné pour grandir, comme Kellerhals Carrard en 2015 ou CMS Von Erlach Poncet en 2014. Et l’on assiste à une kyrielle de mouvements plus discrets, qui témoignent du dynamisme du marché: transfert d’associés de Python Peter chez Pestalozzi, ou d’avocats comme François Bellanger (ex-Halpérin) et Nicolas Merlino (ex-Oberson) chez Poncet Turrettini à Genève. A Zurich, Walder Wyss vient d’attirer Urs Schenker, ex-poids lourd de Baker McKenzie, l’un des rares avocats suisses à faire des fusions-acquisitions de sociétés cotées.

Le «ténor du barreau», relique du passé

Que se passe-t-il? Les études d’avocats se métamorphosent en véritables firmes, qui relèguent le «ténor du barreau» d’antan – à la fois pénaliste, spécialiste des divorces et gestionnaire de sociétés offshore – au rang de relique du passé. Grâce aux transfuges de Froriep, Walder Wyss se hisse au deuxième rang des plus grandes études helvétiques, avec près de 160 avocats, derrière Lenz & Staehelin (plus de 200), mais devant Schellenberg Wittmer, Bär & Karrer ou Homburger. L’étude, dirigée comme une vraie entreprise, a «crû plus vite ces dernières années, de façon plus dynamique», estime Nicolas Iynedjian. «Ils sont plus rapides, plus décisifs, ils ont un management qui leur permet de réagir plus vite que les études traditionnelles.»

Je ne veux pas minimiser à l’extrême l’événement, mais il y a eu des transferts plus importants par le passé

La taille permet de développer des spécialités ultrapointues comme la titrisation d’actifs (exemple, la conversion d’hypothèques en obligations), pratiquée par une équipe de neuf personnes chez Walder Wyss à Zurich. Elle permet aussi d’absorber de gros mandats venus de cabinets étrangers. «Ce qu’on entend beaucoup actuellement, c’est que plus vous êtes gros, plus vous êtes crédibles, explique l’avocat d’affaires genevois cité plus haut. Par exemple, si vous devez faire une due diligence (procédure de vérification, ndlr) lors de l’acquisition d’une société, cela peut être du 20 heures de travail par jour, sept jours sur sept pendant plusieurs semaines. Avec 40 avocats, vous pouvez y arriver, avec 20 non.»

L’étude Froriep, qui vient de perdre son bureau lausannois et une partie de son antenne genevoise au profit de Walder Wyss, entend bien rester dans la course. «Je ne veux pas minimiser à l’extrême l’événement, mais il y a eu des transferts plus importants par le passé», explique son partenaire genevois Alain Gros – allusion à la fusion Meyer Lustenberger Lachenal de 2012, qui concernait plusieurs dizaines d’avocats. «Chez nous, ajoute Alain Gros, les départs récents sont déjà remplacés en grande partie. On est en train de s’agrandir.»

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