Pharma

La start-up Addex renaît de ses cendres à Genève

Spécialisée dans la recherche de médicaments contre les maladies du système nerveux central, la petite société prend un nouvel envol

C’est à une véritable renaissance qu'assiste la communauté des sciences de la vie de la région genevoise. La société Addex, fondée en 2002 et entrée en bourse en 2007, a failli disparaître en 2013.

Au bord de la faillite faute d’intérêt des grandes entreprises pharmaceutiques pour appuyer, contre licence, l’un ou l’autre de la dizaine de projets de développement de médicaments contre différentes maladies du système nerveux central, elle était en mode de survie.

Quasi-totalité des employés licenciés

La majorité des recherches basées sur un mécanisme de modulateurs allostériques, qui agissent à l’intérieur et non à la surface des cellules, ont dû être arrêtées. La quasi-totalité des 160 employés sous contrat en 2008, à Plan-les-Ouates dans la banlieue genevoise, ont été licenciés. L’équipe compte aujourd’hui cinq collaborateurs, mais ne va pas tarder à augmenter ses effectifs suite à des nouvelles positives.

La principale cause du rebond amorcé est la reconnaissance de la valeur scientifique, le 4 janvier par l’autorité américaine d’homologation (FDA), du produit Dipraglurant qui combat les effets secondaires des thérapies contre la maladie de Parkinson.

«L’obtention du statut de médicament orphelin par la FDA pour Dipraglurant, qui permet une entrée en phase clinique III, est une étape cruciale pour relancer l’entreprise, constate Tim Dyer, aujourd’hui patron et administrateur de l’entreprise qu’il a cofondée. Elle donne de la visibilité à Addex et valide sa plateforme technologique de modulateurs allostériques».

Cette technologie constitue la marque de fabrique d’Addex et met la société, selon Tim Dyer, en position de leader mondial du domaine. Ce mécanisme biologique est comparable à l’activation, en physique, d’un variateur de lumière comparé à celle d’un interrupteur pour les médicaments traditionnels. Cette stimulation de protéines, au lieu de leur simple enclenchement, réduit les effets secondaires du médicament selon les chercheurs d’Addex.

Tim Dyer a mis l’entreprise en mode survie il y a un peu plus de deux ans et lancé une opération de concentration sur les molécules en essais cliniques avancés. Pour poursuivre l’aventure, sur la base de la décision de la FDA, Addex devra trouver de nouveaux fonds.

Le patron de la société est confiant. «Nous trouverons les 12 millions de francs nécessaires à mener l’étude clinique de phase III pour Dipraglurant, que ce soit par un financement ou par une collaboration avec une grande entreprise pharmaceutique».

Si tout se passe comme prévu, la rentabilité d’Addex sera atteinte dès 2020

Addex, qui s’est installée en décembre dernier au sein du Campus Biotech qui occupe le palais de verre vidé par Merck Serono, est toujours dans les chiffres rouges, même si sa perte s’est réduite à 1,77 million de francs en 2014, contre 14,5 millions en 2013.

Tim Dyer voit le bout du tunnel. «Si tout se passe comme je l’espère, la rentabilité d’Addex sera atteinte dès 2020, avec l’entrée sur le marché de Dipraglurant». À partir de là la société genevoise sera réellement sauvée. «Le retour sur investissement peut être rapide, signale le patron. En imaginant des recettes annuelles de 800 millions de francs avec la commercialisation de Dipraglurant les quelque 325 millions investis à ce jour seront vite remboursés».

Les investisseurs sont encore sceptiques. L’annonce de la FDA a fait progresser le titre de 7%, mais le cours de l’action est encore très loin de celui de l’entrée en bourse en 2007, établi à 66,95 francs. En un peu plus de huit ans le titre a perdu 95,4%, ce qui valorise la société à moins de 40 millions.

Mais rien n’arrête l’optimisme de Tim Dyer. «Mon objectif a toujours été d’atteindre une valorisation boursière d’un milliard de francs. Après la décision de la FDA, je suis d’autant plus confiant de l’atteindre sur la base de nos produits en développement et de la plateforme innovante des modulateurs allostériques».

Projets relancés

Addex a aussi pu redémarrer il y a quelques mois certains projets en phase pré-clinique gelés par manque d’argent. Un accord, dont le montant est resté confidentiel, a été signé en septembre dans ce but avec le laboratoire français Pierre Fabre. Le balayage d’une partie des 80 000 molécules de la librairie d’Addex a ainsi pu être repris.

Et si l’acquisition d’Addex intéressait soudain une société pharmaceutique comme Shire spécialisée dans le traitement des maladies rares? «Nous examinerions cette offre avec intérêt, dans la perspective de l’intérêt des actionnaires, mais nous préférerions poursuivre notre développement de manière indépendante et via des accords de collaboration», indique Tim Dyer.

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