Analyse

Crise boursière: sévère leçon pour les autorités chinoises

La dégringolade boursière des premiers jours de 2016 a démontré l’incohérence des acteurs de la place et les limites du pouvoir

Vendredi, tout est finalement rentré dans l’ordre. La bourse de Shanghai a vécu une séance complète, dans le calme et dans le vert (+2%). Les investisseurs ne sont pourtant pas près d’oublier cette folle semaine. Les autorités chinoises non plus, qui ont dû annuler en catastrophe les coupe-circuit qu’elles avaient mis en place lundi.

La bonne nouvelle est que Pékin sait toujours se montrer pragmatique. La mauvaise, c’est que l’agitation actuelle sur les marchés financiers chinois est désormais alimentée par ce que d’aucuns appellent de l’incompétence, ou à tout le moins de l’incohérence. Les technocrates qui ont permis à la Chine de vivre trois décennies de formidable développement ont-ils atteint leurs limites? La question s’est posée trois fois.

Pragmatisme du gouvernement

Commençons par les désormais fameux coupe-circuit, qui ont provoqué à deux reprises la fermeture de la bourse, lundi et jeudi. Sitôt connus, leurs niveaux (premier déclenchement à – 5%, second à – 7%) ont été jugés inadaptés par rapport à un marché qui franchit ces seuils de manière très régulière. Les boursicoteurs, qui dominent la bourse chinoise, n’ont d’yeux que pour les courbes et non pour les fondamentaux des entreprises. Si cela monte, ils achètent. Si cela descend… Les autorités ont ignoré cette caractéristique essentielle de leur marché.

Deuxième incohérence, le flou des règles. Celles régissant la vente des actions par les grands actionnaires n’ont été clarifiées que sous la pression baissière de cette semaine. Elles constituent pourtant de toute évidence un élément clé de la dynamique de la loi de l’offre et de la demande. Si les grands détenteurs de titres empêchés de céder leurs actions depuis cet été en raison du krach boursier peuvent désormais le faire, il y a fort à parier que la pression à la vente sera élevée.

Troisième exemple, le marché des changes. D’un côté, Pékin affirme qu’il n’y a pas de raison que le yuan faiblisse parce que l’économie tient bon. De l’autre, la banque centrale fait comprendre qu’elle est prête à le laisser glisser… Résultat, le yuan faiblit continuellement, comme si les autorités chinoises estimaient qu’il fallait soutenir leur économie, dont la solidité serait finalement discutable.

Revers pour le Parti communiste

Vu de Pékin, les revers de cette semaine seront toutefois appréciés différemment. Guère habitué au compromis, le Parti communiste a été mis en échec par le marché, c’est-à-dire par l’ensemble des investisseurs. L’espace d’une semaine, il a perdu le contrôle sur l’économie. Il sera intéressant de voir si la leçon qu’il en tire est d’ordre technique, c’est-à-dire corriger les erreurs pour améliorer le système et regagner la confiance des investisseurs. Ou s’il juge que l’utilisation de la bourse comme un outil de réforme, pour confier au marché et non aux plans quinquennaux l’allocation des capitaux, a atteint ses limites.

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