Finance

Yves Mirabaud: «Genève doit rester parmi les centres financiers les plus importants au monde»

Yves Mirabaud succède ce lundi 11 janvier à Nicolas Pictet à la présidence du Conseil de la Fondation Genève Place Financière

Yves Mirabaud a succédé ce lundi à Nicolas Pictet à la présidence du Conseil de la Fondation Genève Place Financière. Le banquier genevois, associé de la banque Mirabaud & Cie SA, explique au Temps quels sont les grands défis qui l'attendent.

Vous étiez déjà vice-président de la Fondation Genève Place Financière, membre du Conseil de l’Association suisse des banquiers (ASB) et, depuis avril dernier, président de l'Association de banques privées suisses. Cela ne fait-il pas trop?

J'y vois plutôt une certaine logique, une certaine continuité à occuper ces trois fonctions. Cela me permet de m'intéresser à ce qui se passe à Genève mais également de communiquer avec les autres institutions qui s'occupent des conditions-cadres de l'industrie à l'échelon fédéral. Beaucoup de sujets se recoupent, les intérêts de Genève étant souvent ceux de la Suisse et vice-versa.

Quels seront les grands axes stratégiques de la Fondation sous votre présidence?

Il y a eu beaucoup de changement au sein de la Fondation ces trois dernières années, une nouvelle direction, de nouveaux cadres, une nouvelle stratégie. Il n'est donc pas question de tout remettre en cause, bien au contraire. L'idée est de poursuivre sur la même voie, soit de défendre des conditions-cadres attrayantes, de promouvoir la place de manière forte et d'encourager la formation.

Avec la fin du programme américain qui approche et l'échange automatique d'informations qui entrera bientôt en vigueur, la promotion de la place en sera-t-elle facilitée?

Je crois que c'est en effet le cas. Nous avons aujourd'hui un message plus offensif que par le passé. Nous devons nous assurer que Genève restera parmi les centres financiers les plus importants au monde. On oublie souvent que c'est dans l'intérêt de tous. Un centre financier fort permet de créer de la richesse, des emplois et donc des recettes fiscales.

Genève est la 13e place financière au monde. Est-elle à sa place?

Nous devons maintenir, voire améliorer ce classement. Malheureusement les banques suisses sont trop souvent obligées de développer leurs activités à l'étranger pour se garantir un accès au marché, ce qui est regrettable. Le fait d'être présent dans plusieurs associations va me permettre de plaider en faveur d'un message commun pour l'entier de la place financière. Ce message soulignera la nécessité de pouvoir attirer des talents étrangers, d’obtenir l’accès aux marchés étrangers et de maintenir une fiscalité attrayante, ceci avec pour objectif de maintenir des emplois en Suisse. Un message qui devra ensuite être repris par le politique.

Vous avez un nouvel interlocuteur depuis le 1er janvier en la personne d'Ueli Maurer, qui a repris le département des finances. Est-ce une bonne nouvelle?

L'avenir nous le dira. La principale critique que nous avions à l'égard d'Eveline Widmer-Schlumpf était sa volonté d'aller plus loin que les standards internationaux en termes de réglementation. A ce titre, je pense qu'il y aura un changement de paradigme avec Ueli Maurer.

KPMG prévoit la disparition d'un tiers des banques privées d'ici 2018. Partagez-vous cette analyse?

La consolidation existe depuis toujours. Il y avait ainsi beaucoup plus de banquiers privés après la deuxième guerre mondiale qu'aujourd'hui. Malgré tout, et même si nous connaissons une phase d'accélération, il est intéressant de souligner que les chiffres de l'emploi sont restés stables. Si nous sommes passés de 140 établissements à Genève en 2008 à 119 actuellement, le nombre d'emplois est lui passé de 19000 à 18855.

On entend pourtant toujours plus souvent parler de banquiers au chômage. Comment l'expliquez-vous?

Il y a aussi un effet de décalage dans le temps, des plans sociaux dont les effets ne sont pas encore visibles. Des gérants indépendants aussi qui ont décidé d'arrêter le métier et qui ne se mettent pas nécessairement au chômage. Mais globalement la situation est assez satisfaisante.

Un tiers de banques en moins vous semble être farfelu?

Honnêtement, il est difficile de donner une telle estimation. Maintenant je ne crois pas qu'il soit dans l'intérêt de la place genevoise de se retrouver avec un petit nombre d’établissements bancaires, dont certains avec un risque systémique. Il s’agit de trouver un bon équilibre en maintenant une diversité des acteurs.

La consolidation, finalement, n'entraine-t-elle pas une divergence des intérêts entre les grands et les petits acteurs?

On a beaucoup critiqué les banques en disant qu'elles ne parlaient pas d'une seule voix. Or je trouve qu'on le ressent beaucoup moins aujourd'hui, que ce soit au niveau de l'ASB ou de la Fondation. Je crois qu'il y a une volonté commune de faire passer un seul et même message. Une unité retrouvée.

Est-ce l'adversité qui les a ressoudé?

Peut-être que tout le monde s'est rendu compte que d'avoir des messages trop divergents ne rendait service à personne.

On parle beaucoup du «cluster» genevois. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi, par exemple, il est important pour les banquiers privés de pouvoir compter sur la présence de géants du négoce?

Si la gestion de fortune est forte, elle permet aux banques d'avoir des liquidités si bien qu'elles peuvent à leur tour financer d'autres activités économiques, que ce soit sous la forme de crédits ou de financement du négoce de matières premières. Il y a aussi les métiers parallèles comme les avocats, les fiduciaires, les informaticiens ; un tout dont lequel chacun tire profit. C'est cela qui fait la force de Genève et, étant Genevois, je suis pour un canton prospère qui permet de soutenir l’État social.

Avec des menaces qui planent néanmoins telles que la réforme de la fiscalité des entreprises!

La Mère de toutes les batailles comme l'appelle François Longchamps. Je crois que le taux de 13,79 % visé dans le canton de Vaud permet de rester compétitif au niveau international. Car il ne faut pas se leurrer, si le canton de Vaud met en place un tel taux d'imposition et que l'on reste à 24 % à Genève, alors des entreprises partiront. Il est donc temps pour Genève d’agir!

Une adaptation du taux qui profiterait également aux banques...

Comme à toutes les sociétés d'ailleurs. Il ne faut cependant pas croire que l'on perdra automatiquement des millions de recettes fiscales du jour au lendemain. Ce sera peut-être le cas la première année, mais très vite cet argent sera réinvesti et permettra d’améliorer les revenus des entreprises et de créer des emplois qui eux généreront de nouvelles recettes fiscales.

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