Innovation

Les capteurs de santé reliés à son smartphone se multiplient

Les objets de mesures d’activités explosent au grand bonheur des sociétés d’assurance santé, placées en embuscade

Au Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas, plus grand salon multimédia du monde, l’espace dédié aux objets de santé et de bien-être a des allures de club de gym: sur des estrades, des jeunes gens à la silhouette impeccable pratiquent des exercices de remise en forme au rythme d’une musique assourdissante. Ces hommes et ces femmes sont la vitrine d’un monde nouveau où le sport et l’électronique ne font plus qu’un. A leur poignet, un bracelet connecté prend leur pouls. Mais pas uniquement. Il calcule aussi le nombre de pas qu’ils effectuent, leur tension artérielle, leur taux d’oxygénation et de glucose dans le sang. «L’objectif, c’est d’être capable de quantifier l’effort pour pouvoir gérer un programme d’entraînement basé sur des mesures précises, au lieu de le faire simplement sur des intuitions» précise Pierre-Alexandre Fournier, fondateur de la société canadienne Hexoskin, qui expose au CES ses derniers produits, des débardeurs de sport noirs avec capteurs intégrés.

Car les «wearables», ces capteurs d’activités que l’on porte sur soi prennent toutes les formes: bracelets, montres, ceintures, vêtements, et même sous-vêtements. La société OmSignal a profité du salon pour présenter Ombra, un soutien-gorge connecté, avec boitier fixé au niveau de la cage thoracique. Il sera commercialisé au printemps prochain. La tendance de l’auto-mesure est si forte que même les entreprises les plus traditionnelles se sont lancées dans le créneau. Terraillon, société française qui vend des pèse-personnes depuis 100 ans s’est réservé un vaste espace d’exposition au CES. Sur son stand on trouve toute une gamme d’objets connectés au design très travaillé: balances, tensiomètres et lampes pour gérer son sommeil. «La totalité des données recueillies par nos produits, raconte le directeur des ventes Alexandre Dutel, sont ensuite envoyées sur votre smartphone», véritable commande universelle des objets connectés.

Et c’est là qu’interviennent des entreprises telles que LifeQ, société d’analyse de données personnelles, basée en Afrique du sud, et qui bien sûr a fait le voyage au CES. «On travaille avec les entreprises de «wearables». On propose des algorithmes pour analyser les données», explique Christopher Rimmer, le directeur du développement et de la stratégie. «On a un système de calcul très précis pour le nombre de calories perdues. Sur le long terme, on peut même comprendre comment fonctionne votre métabolisme.». LifeQ va encore plus loin en calculant le volume d’oxygène utilisé et le niveau d’acide lactique dans le sang.

Ce genre d’information personnalisée intéresse de plus en plus un autre secteur d’activité, celui des assurances de santé. Christopher Rimmer le confirme: «Elles voient dans ces données la possibilité de modifier leur modèle de contrat. Elles veulent créer un écosystème où leurs clients porteront un objet connecté et où elles pourront leur dire: si vous gardez cet objet sur vous, je vous baisse votre prime d’assurance de 50 dollars par mois». L’idée étant que ceux qui s’occupent de leur santé ont moins de chance de tomber malades et donc dépensent moins en frais médicaux. C’est tout le principe de ce modèle qui est d’ores et déjà appliqué aux Etats-Unis.

Pour s’en convaincre il suffit de se rendre sur le stand de la United Healthcare, une société d’assurance santé américaine. Au milieu des stands de bracelets, vêtements, vélos d’appartement et trottinettes connectés, la société propose un espace détente, avec des transats et des casques de réalité virtuelle qui vous emmène en pleine campagne. United Healthcare a développé depuis quelque mois un programme qui s’appuie sur les informations que proposent les bracelets connectés.

Craig Hankins s’occupe du département numérique de la société: «C’est un programme développé avec les entreprises qui ont un contrat d’assurance avec nous. On fournit un bracelet connecté aux salariés de ces sociétés et on leur donne une récompense sur la base des exercices physiques réalisés. On compte le nombre de pas réalisés, on calcule s’ils ont fait du sport pendant au moins 30 minutes». Les bons élèves peuvent avoir jusqu’à plusieurs centaines de dollars de ristourne sur leur contrat. Pour leurs employeurs, cela se chiffrerait plutôt en milliers de dollars d’économie

L’idée pourrait faire sourire si elle ne soulevait pas la question de la confidentialité des informations personnelles ainsi récupérées par les sociétés d’assurances maladie, et du mauvais usage que certaines pourraient en faire, en pénalisant par exemple ceux qui refusent de se connecter. «Big Brother est là», concède volontiers Christopher Rimmer de la société LifeQ. Mais il croit au principe vertueux d’un système qui permettrait d’améliorer la santé des gens tout en réduisant leurs frais médicaux.

De toute façon la tendance est là: «A terme il sera normal pour les gens d’avoir dans leur placard des vêtements qui ont des capacités de mesurer», assure Pierre-Alexandre Fournier de la société Hexoskin.

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