Innovation

Des Suisses brillent dans la réalité virtuelle

Avec Hollywood comme nouveau courtisan, la réalité virtuelle, déjà présente dans les jeux vidéo, s’apprête à connaître une expansion historique. En Californie, dans le cœur technologique de ce marché en plein boom, la Suisse s’impose comme un acteur avant-gardiste

Dans l’écosystème de la Silicon Valley, le portefeuille a ses raisons que la raison ne connaît point. Pour une start-up qui possède la technologie offrant une nouvelle expérience aux consommateurs, empocher 66 millions de dollars, sur un tour de table estampillé séries C, relève d’une banalité quotidienne. Pourtant le pactole encaissé en septembre 2015 par Jaunt VR, plate-forme de création de contenu de réalité virtuelle à 360°, sort de la normalité. En possédant Disney comme premier pourvoyeur, les fonds levés prennent un sens fondateur: Hollywood jette son dévolu sur la réalité virtuelle.

L’industrie du jeu vidéo et ses 82 milliards de francs de revenus prévus en 2017 n’est plus le premier levier de démocratisation d’une technologie qui s’apprête en 2016 à poser les bases d’un développement technologique et d’une croissance économique historiques. D’après le dernier rapport de TrendForce, les ventes d’appareils de réalité virtuelle atteindront les 14 millions d’unités à travers le monde en 2016, puis 22 millions en 2018. En 2020, les ventes mondiales pourraient atteindre les 38 millions d’unités. D’ici deux ans, le marché pourrait donc passer à 4 milliards de francs selon cette fois CCS insight.

L’objectif de la réalité virtuelle est de donner la sensation d’être réellement projeté dans un autre endroit.

La conviction des géants du marché, de Facebook à Microsoft en passant par Google, Samsung, Apple Sony et HTC, est celle d’un investissement judicieux dans ce qu’ils considèrent comme le futur marché du siècle. «L’objectif de la réalité virtuelle n’est pas seulement de nous plonger dans un monde en trois dimensions fabriqué de toutes pièces par un ordinateur. C’est de donner la sensation d’être réellement projeté dans un autre endroit», expliquait l’an passé Mike Scroepfer, directeur de la technologie de Facebook. Entre le jeu vidéo et le divertissement, la Suisse place ses égéries pour profiter de l’explosion de la réalité virtuelle.

Faceshift a montré l’exemple

Le rachat par Apple en novembre dernier de la start-up Faceshift, fondée par des diplômés de l’EPF de Lausanne, a confirmé que «la Suisse est en train de faire parler d’elle dans une industrie qui ne relève plus de la science-fiction mais tente de s’immiscer dans notre vie de tous les jours», nous explique Sophie Lamparter, directrice associée de Swissnex San Francisco. Les parangons de cette réussite helvétique confirment la réussite de l’écosystème helvétique des start-up. Speaker l’an passé à la conférence NeuroGaming de San Francisco, Tej Tadi a conquis la Silicon Valley, où il est en instance d’installation définitive.

Diplômé de l’EPFL de Lausanne, le titulaire d’un doctorat en neurosciences a développé une technologie qui permet de nouvelles applications dans les secteurs des jeux, de la commande des interfaces cerveau-machine et de la santé. Sa plate-forme, Mindmaze, s’est imposée depuis 2011 comme une référence internationale, en partie grâce à une technologie médicale plus puissante et applicable à plus grande échelle que les systèmes actuels axés sur les consommateurs.

Birdly, le simulateur de vol avant-gardiste

Développé à la Haute école d’art de Zurich, le simulateur de vol Birdly revendique, lui, une expérience d’immersion totale du corps unique au monde. L’oiseau virtuel a passé l’été dernier à Los Angeles à l’Institut des technologies créatives de l’Université de Californie du sud, où a étudié le créateur d’Oculus, Lucky Palmer. Invité par le laboratoire du pionnier nord-américain de la réalité virtuelle Max Bolas, le simulateur ambitionne de «repousser les limites de la réalité virtuelle dans les domaines du contenu et du jeu vidéo», nous énonce Max Rheiner, un des quatre co-fondateurs.

Birdly @ Centre Phi from Centre Phi | Phi Centre on Vimeo.

Invité en juillet 2014 en Californie par Swissnex San Francisco pour une première démonstration physique, après un premier buzz viral sur le web, Birdly «a complètement bluffé tout le monde et a démontré le potentiel énorme de cette technologie inédite», détaille Sophie Lamparter. Après douze mois de présentation aux prestigieuses conférences Siggraph de Vancouver et au Musée du cinéma de New York, entre autres, Birdly est passé d’un projet expérimental à une start-up, Somniacs. Elle espère livrer sur le marché son premier simulateur commercial au printemps prochain, aux Etats-Unis.

Sequenced, la première attendue d’Apelab

Du 21 au 30 janvier deux autres start-up suisses vont être l’attraction de l’édition 2016 de l’exposition New Frontier, organisée par le festival du film de Sundance, dans les montagnes de Park City. L’une est genevoise, Apelab, l’autre est vaudoise, Artanim, et comme Birdly leur conquête de l’ouest est passée par Swissnex San Francisco avec le soutien de Pro Helvetia, la Fondation Suisse pour la Culture. «Artanim est une plateforme de réalité virtuelle permettant à plusieurs utilisateurs de marcher librement (sans câbles) dans un environnement virtuel, de voir leur propre corps et d’interagir avec des objets physiques et virtuels», nous décrit Sylvain Chagué, co-fondateur de Artanim, sélectionné l’été dernier parmi les trois finalistes du concours de réalité immersive à la conférence Siggraph de Los Angeles.

Nous avons eu la chance (sans nous vanter, de bénéficier d’un effet «ouahou» général où les gens ont été agréablement surpris et amusés en testant notre système.

«Nous avons eu la chance (sans nous vanter, de bénéficier d’un effet «ouahou» général où les gens ont été agréablement surpris et amusés en testant notre système. La plupart nous ont dit que c’était pour eux l’une des expériences les plus immersives qu’ils avaient jamais testé jusqu’à présent», précise la co-fondatrice Caecilia Charbonnier, revenue dans la Silicon Valley en novembre 2015 pour initier des relations commerciales. «Les premières applications seront pour le divertissement avec la création d’expériences dédiées à des parcs d’attraction sur plusieurs centaines mètres carrés avec 8-10 utilisateurs simultanés», nous confie Caecilia Charbonnier.

Pour Apelab, en cours de déménagement à Los Angeles, New Frontier sera l’occasion de présenter pour la première fois sa très attendue série Sequenced, une production de réalité virtuelle interactive dont le contenu évolue en fonction de là où regarde le spectateur, muni d’un casque, Oculus ou autre.

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