La chronique des changes

La Chine met le feu aux poudres sur le marché des devises

Ce ne sont pas les fluctuations relativement modestes du taux de change chinois qui secouent ainsi la confiance des marchés, mais plutôt ce qu’elles révèlent sur les pressions exercées sur l’économie de l’Empire du Milieu

Les titres internationaux ont rarement pris un aussi mauvais départ en début d’année. À l’origine de ces perturbations, la chute vertigineuse du renminbi chinois, qui a perdu quelque 1,5% la semaine dernière face au dollar américain, soit une chute de 8% par rapport à son niveau en août dernier avant l’annonce par les autorités chinoises du changement du système de taux de change.

Cependant, ce ne sont pas les fluctuations relativement modestes du taux de change chinois qui secouent ainsi la confiance des marchés, mais plutôt ce qu’elles révèlent sur les pressions exercées sur l’économie de l’Empire du Milieu. La semaine dernière, ces fluctuations ont été associées à l’annonce de la baisse de quelque 108 milliards de dollars des réserves monétaires officielles de la Chine pour le mois de décembre, soit un rythme impressionnant de 3,5 milliards de dollars par jour pour une perte globale représentant pas moins de 3% de ses réserves restantes en un seul mois. Au total, les réserves monétaires du pays ont fondu de plus de 600 milliards de dollars depuis leur dernier pic en 2014. Un chiffre qui ne comprend pas le possible recours à des produits dérivés que les autorités chinoises sont susceptibles d’employer en plus de ces innombrables milliards, ce dans le but de contrecarrer les énormes pressions subies par la monnaie de ce pays au regard de son actuelle fuite des capitaux. Or, pourquoi ces capitaux fuient-ils la Chine et pourquoi les marchés craignent-ils autant une nouvelle dévaluation du renminbi sur les marchés internationaux?

Une dette colossale

Selon l’explication la plus évidente des pressions subies par la devise chinoise, les marchés anticipent les intentions manifestes du gouvernement chinois de dévaluer sa monnaie après que la semi-indexation sur le dollar a provoqué une forte appréciation de la devise par rapport aux autres devises internationales. Une dévaluation qui serait pour la Chine la solution de facilité, exportant ainsi certains de ses problèmes au reste du monde. Rappelons que la Chine a contracté une dette colossale afin de maintenir ses objectifs de croissance ces dernières années. Sa dette privée, et notamment la dette des entreprises, avoisine les 300% du PIB selon certaines estimations et approche du «moment Minsky», à savoir le moment où il n’est plus possible d’intégrer le paiement des intérêts en cours dans une nouvelle dette, provoquant l’effondrement du système financier.

Une locomotive qui a des ratés

Mais aucune demande dans le monde n’est assez forte pour absorber ne serait-ce qu’une infime partie de la surcapacité industrielle de la Chine. Depuis plus de 10 ans, l’Empire du Milieu est devenu la locomotive qui entraîne dans son sillage le reste du monde et tout raté de croissance dans le contexte d’une crise de l’endettement domestique menacerait l’ensemble de la croissance mondiale, pas seulement la croissance chinoise. A partir de là, une nouvelle forte dévaluation du renminbi risque d’entraîner une nouvelle vague de dévaluations monétaires à travers le monde, annihilant la tentative de retour à la normale de la réserve fédérale américaine. L’impression de nouvelles planches de billets sans croissance économique et avec des taux d’intérêt mondiaux depuis longtemps proches de zéro pourrait provoquer la dépréciation de tous les supports, des actions classiques aux biens immobiliers actuellement en plein boom. Bonne année 2016!

* Analyste et stratège en devises auprès de Saxo Bank

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