Commerce

Du pétrole américain en transit pour la Suisse

Aux Etats-Unis, l’interdiction d’exporter du brut datant de 1975 a été levée il y a un mois. Deux premières cargaisons sont destinées à l’Europe, dont pour la raffinerie de Cressier

Deux cargaisons de brut américain se dirigent actuellement vers l’Europe. Une première depuis plus de 40 ans. L’une d’entre elles a même pour destination finale la raffinerie de Cressier (NE). L’information, révélée début janvier par l’Agefi, a été confirmée au Temps par une source travaillant dans le négoce de pétrole.

L’acheteur de cette cargaison serait le géant du négoce de matières premières Vitol qui, via un partenariat au sein de Varo Energy, contrôle la raffinerie neuchâteloise depuis 2012. Contacté jeudi, le groupe dont le siège est à Genève n’a toutefois pas souhaité commenter des informations «commercialement sensibles» relatives à ses activités de négoce.

Changement d’époque

Le 18 décembre dernier, le Congrès américain a levé l’interdiction d’exporter du pétrole brut qui datait de 1975. Celle-ci avait été mise en place afin de limiter les effets du premier choc pétrolier sur la consommation américaine.

Aujourd’hui, avec l’essor du gaz et du pétrole de schiste, les Etats-Unis regorgent d’hydrocarbures. La production de pétrole a même augmenté de 90% depuis 2008 pour atteindre 9,5 millions de barils par jour environ. Conséquences: des terminaux portuaires ont été adaptés dans le but d’exporter – et non plus seulement de recevoir – du gaz et du pétrole. Une opération qui est désormais possible, tant d’un point de vue technique que légal.

Selon le Wall Street Journal, le premier tanker transportant du brut américain a donc quitté le port texan de Corpus Christi, au sud de San Antonio, le 31 décembre direction l’Allemagne. C’est la compagnie pétrolière américaine ConocoPhillips qui l’a chargé de pétrole et de condensat extraits des gisements d’hydrocarbures de schiste d’Eagle Ford Shale, dans le sud du Texas, souligne le journal économique. Le deuxième tanker, chargé à Houston, est actuellement en route pour Marseille. De là, il devrait être acheminé en Suisse via l’oléoduc sud-européen.

Des experts dubitatifs

Cette transaction étonne toutefois les spécialistes. Car si le brut américain coté à New York (WTI) était encore meilleur marché que le brut coté à Londres (Brent) il y a un an, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Avec la chute des prix (le baril de Brent valait 110 dollars en juin 2014 contre 30 dollars environ actuellement), le WTI se traite même selon les jours à un prix supérieur au Brent, soulignent les experts. «Le pétrole américain a beau être de très bonne qualité et très léger, je ne vois pas bien le sens économique d’une telle transaction», souligne ainsi Giacomo Luciani tout en rappelant que l’on trouve aussi du pétrole de telle qualité au Nigeria ou en mer du Nord.

Selon le professeur et codirecteur du programme d’études «Oil and Gas Leadership» à l’Institut de hautes études internationales et du développement il faudrait une différence de 2 à 3 dollars le baril pour qu’acheminer du pétrole américain en Europe en vaille la peine. Et cela même si le transport du pétrole à travers les océans «ne coûte pas très cher». «A moins bien sûr qu’il n’y ait eu un arrangement particulier pour cette cargaison», conclut-il.

Accord spécifique ou non, du pétrole américain devrait bientôt remplir des réservoirs de voitures aux plaques suisses. Au même titre que le pétrole nigérian ou azéri.

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