Chine

Ralentissement de la croissance chinoise: douloureux mais pas catastrophique

La Chine a annoncé mardi un nouveau ralentissement de sa croissance économique. Le secteur industriel souffre alors que les services tirent désormais la croissance

Sans surprise, la Chine a annoncé mardi un nouveau ralentissement de sa croissance économique. Son produit intérieur brut a crû de 6,9% l’an dernier contre 7,3% en 2014, soit le chiffre le plus bas depuis 1990. La statistique, souvent soupçonnée d’être manipulée, est donc conforme à l’objectif du gouvernement, qui vise une croissance «autour de 7%».

La décélération devrait se poursuivre, «sans catastrophe, même si ce sera douloureux», estime Mahamoud Islam. L’économiste pour l’Asie du géant de l’assurance-crédit Euler Hermes s’attend à 6,5% pour cette année, mais avertit: «Ce chiffre n’a qu’une signification limitée car il n’y a pas une Chine, mais plusieurs.»

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Le secteur des services est de plus en plus présent

Pour la première fois, les services constituent plus de la moitié du PIB (50,5%), soit dix points de plus que l’industrie, un de grands moteurs de la deuxième économie du monde pendant près de trois décennies. Le secteur tertiaire a crû de 8,3%, contre 6% pour le secondaire, selon le Bureau national des statistiques. Géographiquement, le nord-est du pays, qui compte davantage d’industries lourdes, souffre plus que le sud. Les champions du web, par exemple, sont très présents à Shanghai et Shenzhen.

«Certains secteurs comme l’acier, le verre ou les chantiers navals voient leur activité se contracter de 10% quand les services tels la santé, la finance en ligne, la gestion de l’environnement ou même l’hôtellerie progressent fortement», explique Benoît Descourtieux, responsables des investissements des fonds Organic growth de la société financière Oriental Patron, à Hongkong. «La Chine fonctionne en réalité à deux vitesses et je ne crois pas ne croit pas à un atterrissage brutal de sa croissance», estime aussi le financier. Pour Benoît Descourtieux, la transition en cours, vers une économie davantage tirée par la demande intérieure que par les exportations, «reste sous contrôle notamment grâce aux politiques de formation mises en place par les provinces pour aider les personnes qui perdent leur travail à en retrouver, même s’il faut bien sûr encore attendre pour juger de leur efficacité».

La consommation tient

Publiée également ce mardi, les ventes de détail ont aussi décéléré à 10,7%, contre 12% en 2014, mais elles sont jugées plutôt robustes. Le revenu réel disponible par habitant a atteint quelque 3360 francs en moyenne, en hausse de 7,4%.

En l’état, le moral du consommateur tient bon comme l’attestent aussi les ventes de logements, reparties à la hausse (16,6%), après une contraction en 2014. Aaron Fischer, du courtier hongkongais CLSA, table toujours sur un doublement du nombre de touristes chinois dans le monde d’ici 2020, soit 200 millions de personnes. «La pression sociale pour voyager reste très forte», a indiqué hier le spécialiste de la consommation en Asie. «On sous-estime aussi le soutien que ce tourisme apporte à l’économie mondiale», abonde Mahamoud Islam.

La bourse est déconnectée de l'économie réelle

Après le krach du début janvier, la bourse chinoise a fini la journée d’hier en hausse de près de 3%. Il ne faut cependant pas y chercher une réaction «rationnelle» aux chiffres de la croissance, avertissent nombre de spécialistes, dont Mahamoud Islam. La bourse, qui s’envolait, il y a un an, avant de s’effondrer au début de l’été, «ne reflète pas l’économie réelle, selon l’économiste. Elle reste influencée par les petits porteurs qui se sont rués sur les actions quand le gouvernement central, l’an dernier, leur recommandait d’acheter parce que le marché ne pouvait que monter. Il n’est pas simple aujourd’hui de leur expliquer que ce n’est pas toujours le cas.»

Le yuan reste faible

Résultat de la volonté de Pékin de laisser le marché davantage fixer les prix, le yuan a connu l’an passé son plus grand décrochage. En montant absolu (5% face au dollar), sa dépréciation reste relative, le real brésilien ayant perdu près de 50% de sa valeur. La faiblesse de la devise chinoise traduit cependant aussi celle de son économie. Pour défendre le renminbi, la banque centrale chinoise a vu ses réserves fondre d’un montant record.

«La Chine se transforme mais continue de se fixer des objectifs contradictoires, résume Mahamoud Islam. Elle lui est extrêmement difficile d’assurer la stabilité de sa devise tout en libéralisant les flux de capitaux. De même, fixer un objectif de croissance est très délicat alors qu’elle vise une croissance davantage tirée par l’économie privée, moins contrôlable que les sociétés d’Etat.»

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