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La cybersécurité au centre des préoccupations à Davos

A Davos, Américains et Européens s’affrontent sur deux visions de la cybersécurité totalement opposées. Pour André Kudelski, il faudra trouver une voie médiane

La cybersécurité n’a jamais autant préoccupé les participants du Forum économique mondial (WEF) de Davos (GR). Même l’acteur Kevin Spacey – qui a lancé sous forme de boutade qu’il n’était qu’un «simple acteur» et qu’il n’y connaissait pas grand-chose dans une table ronde sur ce sujet – a rappelé qu’il avait été personnellement atteint lors du piratage de Sony en 2014. Et forcément, cela rend le sujet plus «concernant». Dans son rapport sur les risques publié chaque année, le WEF estime que les risques de cyberattaques sont au plus haut en 2016 et les plus à même de devenir réels. Les géants de la technologie venus à Davos veulent tous se montrer rassurants. Il n’empêche. Dans un papier publié en marge de Davos, des experts d’UBS estiment que la menace est partout et notamment dans de nombreux pays émergents particulièrement exposés à ce risque. L’indice de risque d’attaque informatique d’Eurasia Group place ainsi – sur une échelle qui va de 1 à 100 – les entreprises chinoises à 88, contre 14 pour leurs homologues suisses.Sommes-nous pour autant prémunis? Ce n’est pas l’avis d’André Kudelski, dirigeant de la société du même nom: «Nous ne sommes pas une île entourée de contrées sûres. Dans le monde cyber, tous les pays nous sont contigus et certains ont Ebola.» Celui dont l’entreprise fournit les systèmes d’accès au WEF à Davos depuis 1994 poursuit: «Télécharger plein d’applications sans se soucier de la sécurité est dangereux.» Cette insouciance, les experts la perçoivent aussi chez les sociétés qui se sentent à l’aise avec les anciens risques mais ont du mal à anticiper les nouveaux. «Les pirates du Web vont attaquer là où il y a des valeurs à dérober, la Suisse est du coup une cible de choix, notamment à travers ses banques», prévient l’entrepreneur vaudois.

«Tous les secteurs touchés»

Le débat reste parasité à Davos par deux visions qui s’opposent. Les Américains, leaders dans les technologies, estiment qu’il faut laisser au maximum leurs entreprises avoir accès aux données des utilisateurs et faire confiance à leur expertise de la gestion de la sphère privée. Ceux qui ne jouent pas le jeu rateront le train de la quatrième révolution industrielle, prévient par exemple Sheryl Sandberg, la directrice des opérations de Facebook. A l’inverse, les Européens ne veulent pas du «Safe Harbor» à l’américaine et se refusent à voir les flux de données de leurs citoyens traverser l’Atlantique.

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«Il faudra trouver une voie entre les deux, estime André Kudelski. La numérisation de l’économie va désormais à une telle vitesse qu’elle touche tous les secteurs.» En 1994, sa société avait créé un badge pour un chien de la sécurité. En 2016, Kudelski a fait la même chose… pour le robot sud-coréen Hubo en démonstration au sein du WEF. 

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