Europe

La désintégration de l'UE est un risque réel

Le Forum économique mondial et même des dirigeants européens affirment que la crise des réfugiés a mis la solidarité européenne à rude épreuve

La désintégration de l'Union européenne (UE), une hypothèse farfelue? A première vue, oui. Malgré des difficultés, l'intégration, à travers divers projets économiques et sociaux communs, est en cours. Et pourtant. Les mises en garde contre une dislocation des Vingt-Huit se multiplient. La dernière en date revient au Forum économique mondial de Davos (WEF) dont le rapport 2016 sur les risques globaux indique que les flux migratoires, la montée des populismes et la fragilité des institutions menacent l'unité européenne.

Le risque est particulièrement exacerbé dans le contexte de la crise des réfugiés et la réintroduction des frontières par de nombreux pays. L'une des conséquences, selon le rapport, est la restriction de la libre circulation des personnes au sein des Vingt-Huit, qui est le symbole même de cette unité. «Les restrictions auront un impact négatif sur la croissance, la création d'emplois ainsi que sur d'autres projets communs», avertissent les auteurs.

Changement climatique, chômage et conflits internationaux

Le rapport du WEF qui tire ses conclusions après avoir consulté des centaines de décideurs politiques et économiques, affirme que les risques immédiats sont liés au changement climatique, puis au chômage et aux conflits internationaux. En revanche, les flux migratoires involontaires et incontrôlés constitueront la première première préoccupation durant les dix-huit prochains mois.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a lancé la même mise en garde il y a deux jours. «L'UE a deux mois pour maîtriser la crise de réfugiés, a-t-il prévenu devant le Parlement européen. Faut de quoi, elle explosera.» Lors de sa conférence de la rentrée la semaine dernière, le président de la Commission Jean-Claude Juncker est allé dans le même sens: «L'échec de Schengen sera la fin du marché unique.»

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«L'Europe risque de s'écrouler comme l'Empire romain»

Mark Rutte, premier ministre néerlandais dont le pays assure la présidence européenne durant le premier semestre 2016, ne dit pas autre chose. Lors d'une allocution mercredi devant le Parlement, il a expliqué l'urgence de trouver une issue collective à la crise de réfugiés. Quelques semaines plus tôt, il avait déclaré que «l'Europe risque de s'écrouler comme l'Empire romain à cause de la crise des migrants».

Hans Kundnani, chercheur au German Marshall Fund, un centre d'analyses politiques internationales basé à Berlin, fait d'abord remarquer que des forces d'intégration mais aussi de désintégration sont actives depuis le début de la crise financière. «D'une part, l'UE a lancé l'Union bancaire et de l'autre, elle a ouvert le débat sur l'exclusion de la Grèce de la zone euro, explique-t-il. Le Grexit n'a pas eu lieu, mais la porte pour l'exclusion d'un pays a été ouverte.» Selon lui, le débat actuel sur le Brexit (sortie éventuelle du Royaume-Uni de l'UE) se fait dans cet esprit.

Pour le chercheur, l'unité européenne se trouve à un moment charnière. «Pendant la crise financière, l'Allemagne a été solidaire avec les pays endettés, poursuit-il. Aujourd'hui, c'est elle qui appelle à l'aide pour l'accueil des réfugiés.» Selon lui, les Allemands ont l'impression que cette solidarité n'est pas réciproque. «Dès lors, ils pourraient être plus exigeants envers d'autres Etats, dit-il. Cette situation peut potentiellement mener au scénario du pire», dit-il.

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