DAVOS

Ce qu'il faut retenir du WEF 2016

La 46e édition du World Economic Forum s'est clôturée samedi. Elle s'est tenue sous tension, alors que trois grandes crises ébranlent le monde

Le 46ème Forum de Davos avait une saveur particulière cette année. La manifestation s'est tenue sous tension alors que trois grandes crises ébranlent le monde: crise des réfugiés en Europe, crise des marchés avec des matières premières au plus bas et crise conjoncturelle avec une économie chinoise qui connaît le taux de croissance le plus bas depuis 25 ans.

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L'économie mondiale à la peine

Le jour de l'ouverture du WEF, le FMI a tiré la sonnette d'alarme: l'économie mondiale pourrait bien dérailler. L'institution a abaissé de 0,2 point sa prévision de croissance pour 2016 (3,4%) comme pour 2017 (3,6%) en pointant la situation «périlleuse» de nombreux pays émergents, guettés par le «ralentissement généralisé». L’enjeu n’est pas mince: les pays émergents et en voie de développement pèsent pour «plus de 70%» de la croissance planétaire.

La Chine a annoncé, elle, se trouver à 6,9% de croissance, soit le taux le plus bas depuis 25 ans. Devant les inquiétudes, les autorités ont voulu convaincre qu'elles avaient la situation en main: «L'économie est sur la bonne voie», a assuré Li Yuanchao. 

Alors que la Réserve fédérale américaine vient d'entamer une remontée de ses taux, les marchés sont sous tension. Cette semaine, la plupart des places boursières sont rentrées dans un marché baissier (c'est à dire qu'ils sont à moins de 20% de leur plus haut niveau) et le pétrole semble s'installer sous la barre des 30 dollars - du jamais vu depuis 13 ans - ce qui crée des tensions chez les pays producteurs sans encore faire sentir d'effets positifs du côté des consommateurs.

Seul à avoir réussi à calmer les marchés, Mario Draghi a assuré vendredi avoir des instruments illimités pour raviver l'inflation en Europe, toujours au plus bas.

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L'Europe pourrait éclater

Les chefs d'Etat de de gouvernement avaient des mines très sombres à Davos. Pour le premier ministre français Manuel Valls, «l'Europe pourrait sortir de l'histoire» au moment où la crise des réfugiés montre l'incapacité de l'Union de faire face de manière coordonnée. Le Vieux Continent sent aussi qu'il faut accélérer les réformes sur le plan économique si il ne veut pas rester à la traîne de la 4e révolution industrielle. Emmanuel Macron, le ministre français de l'économie, a ainsi annoncé la fin des 35 heures à Davos, même s'il n'est pas sûr qu'il obtiendra l'appui de François Hollande.

David Cameron s'est montré déterminer à négocier un nouveau partenariat avec l'UE plus avantageux pour son pays avant d'organiser un référendum où le peuple décidera si le Royaume-Uni reste, ou pas, dans l'alliance. Les enjeux de sécurité et de défense sont aussi au centre des discussions, sur le continent pour se défendre contre le terrorisme, en Syrie et en Irak pour stopper le flux de réfugiés qui provient de ces pays. Pour Wolfgang Schäuble, ministre des finances allemands, il faut envisager une sorte de «plan Marshall de plusieurs milliards».

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Les inquiétudes montent autour de l'emploi

L'OIT estime que pour 2015, le chiffre final du chômage devrait se situer à 197,1 millions et la prévision pour 2016 fait état d’une augmentation d’environ 2,3 millions pour atteindre 199,4 millions. Il est probable qu’1,1 million de sans emploi viendront aggraver le chiffre total en 2017, selon l'institution. Dans un rapport basé sur un sondage mené au sein de 366 entreprises représentant 13 millions de salariés, le WEF indique de son côté que 5 millions d’emplois sont menacés par la quatrième révolution industrielle dans les cinq ans qui viennent.

Des experts parlent aussi de 47% de jobs aux Etats-Unis qui pourraient être remplacés par l'automatisation des processus. Les experts craignent un chômage de masse et que l'écart de revenus se creuse encore un peu plus entre ceux qui ont des jobs peu qualifiés et les plus éduqués. Le risque de tension sociale serait alors accru. Le vice-président américain Joe Biden, présent à Davos, a loué la classe moyenne qui constitue le socle de la démocratie au moment où les écarts entre classes sociales semble s'élargir.

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La Suisse ne doit pas se reposer sur ses lauriers

L'Open Forum, en marge du WEF, a aussi été l'occasion de se demander si le modèle suisse était en danger. Une discussion, réunissant les patrons d'ABB, Adecco et UBS, aux côtés de Johann Schneider Amman, qui s'est transformé en plaidoyer pour moins d'interventionnisme de l'Etat et de réglementation. Egalement présent, le directeur de l'EPFZ a défendu l'importance de la formation et la nécessité pour la Suisse de se rappeler d'où vient sont succès. Et de ne pas se reposer sur ses lauriers.

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La Russie ne veut pas sombrer

Pas plus que l’an dernier, les Russes présents à Davos n’ont bombé le torse. Après une année 2015 difficile, aucun participant ne s’est aventuré à prédire une amélioration en 2016. «Il n’y a rien à attendre de l’économie russe cette année», a prévenu Vladimir Dmitriev, président de la banque de développement Vnesheconombank. Les milieux économiques n’ont pas plus d’espoir: «Il n’y a pas que le secteur pétrolier qui va encore souffrir. Toutes les activités qui dépendent des dépenses des consommateurs vont être à la peine, de même que la construction», a expliqué Elizaveta Osetinskaya, directrice éditoriale de l’agence d’information russe RBC.

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La montée du populisme inquiète

Les craintes de la montée du populisme ont pesé sur Davos alors que des rendez-vous importants vont jalonner l'année 2016 comme les élections aux Etats-Unis où Donald Trump fait figure de favori du parti Républicain et le référendum en Grande-Bretagne sur l'éventuelle sortie du pays de l'UE. Ce qui poussent les plus modérés à agir. Angela Merkel qui vient d'habitude à Davos où elle reçoit un chaleureux accueil de la part des participants a du rester cette année pour gérer la crise née de l'afflux de réfugiés.

Joachim Gauck, le président allemand, a exprimé au WEF son opposition à la chancelière qui se refuse, pour l'instant et au contraire de l'Autriche, de mettre une limite à l'afflux de migrants alors que son pays en a déjà accueilli 1 million en 2015. Pour le président «si les démocrates ne veulent pas parler de limitations alors les populistes et les xénophobes le feront».

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Les robots vont-ils remplacer les humains?

De nombreux débats ont tournés autour de cette question toute la semaine. L'arrivée des processus automatisés et des robots dans l'entreprise et la vie de tous les jours va massivement transformer l'économie. Côté positif, l'intelligence artificielle (IA) va permettre à l'homme de résoudre des problèmes très complexes comme le cancer ou les changements climatiques. Mais elle va aussi remplacer toute une série de jobs et de nombreux experts estiment que tout le monde peut être touché.

Pour Illah Nourbakhsh, professeur de robotique à Carnegie Mellon qui travaille avec Uber sur les voitures sans pilote, «cela va affecter les cols bleus comme les cols blancs». L'économiste du MIT Erik Brynjolfsson souligne que “nous nous dirigeons vers un monde où il y aura beaucoup plus de richesses et beaucoup moins de travail". Une étude publiée par le WEF montre que l'IA va détruire 7,1 millions de jobs ces cinq prochaines années dans les 15 principales économies du monde et n'aidera en parallèle à en créer que 2 millions d'autres.

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