Analyse

A nouveau Christine Lagarde à la tête du FMI? Non merci

Sous sa direction, l’organisation a subi une véritable dérive. Elle gère de plus les problèmes de solvabilité. La durée et la taille de ses interventions battent tous les records. Les conséquences non-désirées de ces tendances sont dangereuses pour l’économie mondiale

Christine Lagarde a proposé sa candidature à sa réélection à la direction générale du FMI. Tout porte à croire qu’elle obtiendra satisfaction, à condition de ne pas être rattrapée par l’affaire Tapie. Les principaux financiers de l’organisation appuient cette proposition, les Etats-Unis et les Européens en tête. Même la Chine n’y est pas opposée. Pourquoi se priver d’une personne dans l’air du temps qui a permis au FMI de battre tous les records d’intervention? La critique ne s’est heureusement pas complètement tue. «Lagarde demeure l’avocate de l’intervention étatique dans l’économie privée. De nouveau Lagarde? Plutôt non», écrit la Frankfurter Allgemeine. Le FMI a-t-il dépassé les bornes? Est-il devenu lui-même un risque systémique?

La reine de l’interventionnisme

Christine Lagarde, reine de l’interventionnisme et cinquième présidente française du FMI, a mené la charge contre tous les risques systémiques possibles et imaginables, mais elle a affaibli la qualité de la signature du Fonds. Les engagements de l’organisation en pourcentage du PIB mondial ont dépassé tous les records, selon une étude de Carmen Reinhart de l’université de Harvard et de Christoph Trebesch, de l’université de Munich (The International Monetary Fund: 70 Years of Reinvention, CESifo, décembre 2015). Le mandat initial du FMI semble oublié. L’organisation est de moins en moins le prêteur de dernier ressort qu’il était à l’origine.

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D’une certaine manière, le FMI de l’après-crise retrouve pourtant ses pratiques initiales en se concentrant sur les pays industrialisés, selon Reinhart et Trebesch, Ces sept dernières années également, les deux tiers des 200 milliards prêtés sont allés à la Grèce, l’Islande, l’Irlande et le Portugal.

Des objectifs alternatifs

Les objectifs ont pourtant changé. Au lieu de gérer des problèmes de liquidités temporaires, comme à ses débuts, les engagements récents servent à résoudre des crises de solvabilité, allant jusqu’à prêter l’équivalent de 10 à 16% du PIB des pays concernés. Quatre raisons, exposées par le CESifo, témoignent de sa mission alternative: Un quart des pays membres sont engagés dans un programme durant plus de la moitié de leurs années de participation au Fonds. Deuxièmement, 66 des 188 membres suivent un programme extrêmement long, allant de 10 à 30 ans. Troisièmement, depuis 1980, la part des programmes qui traitent d’un défaut ou d’arriérés atteint le niveau extraordinaire de 40 à 70%. Enfin, les prêts aux pays industrialisés renforcent la tendance à des prêts plus étoffés et plus longs. Ce glissement des objectifs est problématique. Il est contradictoire d’être un prêteur en série et un prêteur de dernier recours.

Une réputation affaiblie

Selon Reinhart et Trebesch, l’une des conséquences non-désirées de ces gesticulations est un «risque de stigmatisation». «Dès qu’un pays membre demande un crédit au FMI, il signale au reste du monde qu’il est insolvable», affirment-ils. Personne ne veut montrer ses problèmes de liquidités de peur qu’ils soient interprétés comme des risques de solvabilité. Les Etats sont donc incités à accumuler les réserves de devises internationales. «Aucun gouvernement n’est prêt à subir les conditions attachées aux prêts du FMI», explique Greg Ip dans Foolproof.

En vertu de ses principes, le Fonds ne devrait pas prêter à des créanciers officiels qui ont encore des arriérés. «Les exceptions deviennent des principes», affirme l’étude. Avec Christine Lagarde à sa tête, dans le cas de la Grèce, le FMI a brisé sa «clause d’exemption systémique» laquelle exige de ne pas prêter à un pays dont la dette n’est pas viable.

Nous assistons à une «dérive de la mission du FMI», selon les deux économistes. Ceux-ci l’explique en partie par la concurrence d’autres organisations, comme la Banque Mondiale ou la Banque Asiatique de développement.

Le risque se déplace vers les émergents

Le besoin de clarté est nécessaire alors que s’accumulent de nouveaux risques dans les pays émergents. Ceux dont la monnaie est liée au billet vert et au pétrole souffrent terriblement. Les réserves de devises sont en train de fondre. Au rythme des sorties de capitaux actuels de plus de 100 milliards par mois, il reste 18 mois, avertit le gérant Felix Zulauf, dans la Finanz und Wirtschaft.

Nous doutons fort qu’avec Christine Lagarde et son interventionnisme aigu, le FMI se concentre sur les critères de durabilité de la dette souveraine. Il serait aussi préférable de sortir du monde de Bretton Woods qui veut que le président du FMI soit européen et celui de la Banque Mondiale américain. Il est temps de nommer un leader asiatique.

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