Prévisions

Marc Faber prévoit que «nos enfants mourront plus pauvres que nous»

Le gourou de la finance a égrené son «show», lors de la foire de la finance à Zurich, d'une violente attaque contre les banques centrales et l’État, responsables de la détérioration de la croissance et des marchés

Durant une heure de spectacle, dans le cadre de la foire «Finanz’16», Marc Faber, 69 ans, queue de cheval, chemise bleue et cravate rose, a présenté des perspectives particulièrement sombres. Ce Cassandre de la finance a été porté par une salle à la fois comble et acquise à sa cause, sensible à chacune de ses plaisanteries contre l’État et le socialisme. «L’Etat est la seule industrie de croissance en Europe», a-t-il lancé avant de demander de réduire sa part au PIB à moins de 25% du PIB. Elle atteint 50% en moyenne dans les pays industrialisés.

La hausse de la taille de l’Etat, «un cancer»

Citant abondamment les philosophes libéraux Friedrich von Hayek et Ludwig von Mises, ce gourou des marchés, auteur de la lettre «Gloom, Boom and Doom», s’est révélé encore plus sombre que de coutume. «Dans les pays industrialisés, les jeunes mourront plus pauvres que leurs parents», a-t-il déclaré. La faute à la croissance de l’État, «un cancer malsain qui ronge la croissance», a-t-il déclaré. Le ralentissement économique des 30 dernières années est par exemple la conséquence directe de la hausse des dépenses publiques, à son avis.

Les perspectives économiques sont «déprimantes tant les déséquilibres abondent», fait-il valoir. Ceux-ci sont en partie causés par la politique monétaire. Les banques centrales ont cherché à empêcher la déflation, mais l’abondance de liquidités s’est déversée sur les marchés financiers mondiaux et les crédits bancaires en Chine et dans les pays émergents. «L’ajustement nécessaire de l’économie chinoise sera brutal et prendra des années», annonce-t-il. A long terme, les pays émergents ont de bonnes chances de croissance, moindre que dans le passé toutefois. Mais à court terme, la correction fera des dégâts, notamment sur les pays producteurs de matières premières. Pas uniquement. Les exportateurs suisses, comme les horlogers, souffrent moins du franc fort que de la réduction de la demande chinoise.

Une hausse des taux trop tardive

Les banques centrales sont montrées du doigt. La Fed a relevé ses taux d’intérêt pour la première fois, «mais au plus mauvais moment possible. Elle aurait dû le faire il y a trois ans», indique-t-il. Entre-temps, les seuls à profiter des taux nuls ou négatifs sont les gouvernements: «Une expérience unique dans l’histoire depuis 5000 ans», s’est écrié l’économiste. La politique monétaire peut être productive ou non. Cette fois, elle est non-productive puisqu’elle n’a conduit qu’à une hausse de la dette publique, selon ce Cassandre. Elle a aussi poussé à la hausse les prix de l’immobilier. Dès lors, sous l’effet des banques centrales et des gouvernements, les inégalités augmentent, accroissent les tensions et réduisent la croissance. Aux Etats-Unis, la part des propriétaires a chuté de 70 à 64% depuis la crise. De plus en plus de ménages doivent consacrer la moitié du revenu aux loyers, à cause de la politique monétaire, dénonce l’économiste. «Ce que les ménages gagnent sur le prix du pétrole est perdue par les loyers et la politique de santé du président socialiste américain», a lancé le financier.

Les actions ne devraient pas progresser en raison de la diminution de la liquidité globale depuis plusieurs mois et d’une évaluation très élevée. Marc Faber s’appuie ici sur la relation entre la capitalisation boursière et le PIB ou sur des relations dont il a le secret: «Il y a 40 ans, il fallait 30 heures de travail pour acheter l’indice S&P. Il en faut 100 actuellement», dit-il. En outre, les fonds souverains sont obligés de réduire leurs positions.

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