France

François Hollande fait patienter Emmanuel Macron

Le populaire ministre de l'économie pourrait prendre du galon dans le prochain remaniement gouvernemental. Sans toutefois réussir à conquérir le puissant ministère des finances

Les banlieues et Uber: vendredi, la journée d’Emmanuel Macron résumait les défis que doivent affronter l’économie et la société française. Alors que le ministre français de l’Economie de 38 ans recevait jeudi à Paris plus de cinq cents jeunes des quartiers défavorisés pour les mettre en contact avec des entreprises, la guérilla entre taxis et chauffeurs Uber paralysait de nouveau les abords de la capitale. Difficile, pourtant, de déceler la moindre baisse de moral chez l’intéressé dont le nom hante les pronostics du prochain remaniement gouvernemental, que le président français François Hollande devrait bientôt officialiser. Et pour cause: vedette du dernier Forum économique mondial (WEF) de Davos (GR) à la fin janvier, Emmanuel Macron semblait ces derniers jours, bien parti pour prendre la tête, en plus de ses actuelles attributions, du ministère de l’Economie et des Finances, et remplacer Michel Sapin donné partant pour les Affaires étrangères ou le Conseil Constitutionnel.

La réalité, au final, risque toutefois d’être moins flatteuse pour celui qui, ces derniers jours, s’est de nouveau déclaré prêt à mettre fin «de facto» aux 35 heures de travail hebdomadaires à travers des accords majoritaires dans les entreprises, tout en affirmant, au grand dam de la majorité parlementaire socialiste, que «la vie d’un entrepreneur est parfois plus compliquée et plus dure que celle d’un salarié». Michel Sapin, aux côtés duquel il recevra le 9 février à Paris le Conseil économique franco-allemand, a ainsi plusieurs fois répété cette semaine avec insistance qu’il «occupera toujours» son bureau le mois prochain. Preuve, à priori, que le président tient à garder ce compagnon fidèle aux manettes du budget et des comptes de l’Etat, à un an et demi de la présidentielle de mai 2017. Autre déconvenue pour Emmanuel Macron: le gouvernement a définitivement tranché à la fin janvier contre un nouveau projet de loi Macron 2, préférant en distiller le contenu dans d’autres textes prochainement soumis au parlement.

Sur le fond en revanche, l’étoile du ministre de l’Economie brille de plus en plus, au point que le président français devrait au moins le faire remonter spectaculairement dans la hiérarchie du gouvernement de Manuel Valls. Actuel numéro 11, celui-ci pourrait devenir numéro 3 ou 4. «Même s’il garde ses attributions actuelles, tout le monde s’attend à un fort message de soutien de la part de l’Elysée», confirme un conseiller ministériel.

François Hollande, qui a proposé en vain ces jours-ci le ministère de l’Ecologie à l’ancien animateur TV Nicolas Hulot, rêvait en fait d’une alliance entre les deux «chouchous» des médias. Ce scénario abandonné, le président compte désormais sur son jeune ministre pour amadouer les entreprises, afin de leur vendre son «plan d’urgence pour l’emploi» présenté en janvier, et d’assurer le lien avec le patronat sur deux sujets clefs qui seront débattus en 2016: celui de l’assurance chômage, qui pourrait redevenir dégressive, et celui de la réforme du code du travail. Emmanuel Macron s’est toujours fait l’avocat d’une plus grande souplesse: «Négocier au niveau des entreprises, c’est créer plus de flexibilité», avait-il plaidé à Davos.

Qui dit popularité (48% d’opinions favorables, soit le meilleur score après celui d’Alain Juppé) dit néanmoins obstacles. Le premier est la levée de boucliers suscitée, dans plusieurs régions, par la libéralisation du transport par autocars, ouverte par sa loi Macron 1 de 2015. De nombreux élus craignent que la SNCF en profite pour se désengager des zones rurales, alors que des milliards d’euros de subventions ont été engloutis par le rail. Plus grave: l’irritation de Manuel Valls, qui l’a fait venir au gouvernement pour remplacer Arnaud Montebourg en aout 2014. Affairé à défendre le bilan sécuritaire du gouvernement depuis les attentats du 13 novembre, le premier ministre français apparait de moins en moins réformateur et innovateur. Il n’a pas non plus apprécié que son ex-protégé, féru de philosophie, redise fin janvier devant la presse que la France a une «part de responsabilité dans le terreau sur lequel l’islamisme a prospéré». «Entre Macron et Valls, la guerre de tranchées s’installe» titrait récemment le magazine «Challenges».

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