Gestion d’actifs

La Suisse attire les gérants

Des sociétés de gestion d’actifs ont récemment établi une présence en Suisse, alors que d’autres ont renforcé leur ancrage sur le marché helvétique ces dernières années. Le marché institutionnel constitue un aimant pour de nombreuses enseignes étrangères

Alors que le nombre de banques étrangères en Suisse n’a cessé de diminuer depuis le début de la décennie, la tendance n’est pas la même pour les gérants d’actifs. Au contraire, plusieurs sociétés ont pris pied à Genève ou à Zurich ces dernières années. Dernier exemple en date, La Financière de l’Echiquier (LFDE), une société de gestion indépendante française qui gère 8 milliards d’euros, a récemment annoncé l’ouverture d’une filiale à Genève. En franchissant cette étape, elle a souhaité montrer sa volonté de «s’installer durablement en Suisse, au contact des investisseurs», a déclaré Didier Le Menestrel, président de LFDE, dans un communiqué daté du 20 janvier.

Un «degré de conservatisme plus élevé» en Suisse

Acteur emblématique dans le domaine des fonds en Europe, Carmignac a inauguré fin avril 2015 sa nouvelle filiale à Zurich. Le gérant d’actifs basé à Paris, qui distribuait déjà ses fonds en Suisse depuis treize ans, dispose d’une équipe de sept personnes dans la ville du bord de la Limmat. Pourquoi établir un bureau en Suisse? «Chaque fois que nous avons atteint un niveau de développement suffisant dans un pays, nous avons ensuite établi une présence sur le marché local pour poursuivre ce développement», explique Didier Saint Georges, membre du comité d’investissement chez Carmignac. Il juge qu’il est important de réussir son insertion au sein de «l’establishment local» pour assurer la meilleure qualité de service à la clientèle. Selon lui, les investisseurs suisses ont «un degré de conservatisme plus élevé, une technicité plus grande que la moyenne des investisseurs européens, tout comme ils ont aussi très souvent une large ouverture sur les marchés internationaux». Des caractéristiques qui correspondent du reste bien à la philosophie d’investissement de Carmignac, qui met l’accent sur la maîtrise du risque et la gestion globale, note-t-il.

Si Carmignac n’a pas créé de nouveaux fonds exclusivement pour le marché helvétique, les suggestions apportées par l’équipe présente en Suisse ont permis d’ajouter des éléments spécifiques destinés à ce marché: «Notre bureau à Zurich a, par exemple, constaté qu’il y avait une véritable demande de la part des investisseurs pour des fonds libellés dans différentes devises. A leur demande, nous proposons certains de nos fonds non seulement en francs mais aussi en euros, en dollars et en livres sterling», illustre Didier Saint Georges. «De même, nous proposons désormais des parts offrant un dividende régulier, pour répondre au besoin de rendement sur le marché suisse.» Il est plus facile d’identifier et de tenir compte de telles observations lorsque l’on a une présence sur place, constate-t-il.

D’autres sociétés ont renforcé leur présence dans le pays ces dernières années. Outre BlackRock, numéro cinq sur le marché des fonds en Suisse, on peut citer le gérant d’actifs américain Neuberger Berman, qui a étoffé ses équipes à Zurich en 2014, ou encore le britannique Jupiter Asset Management, qui dispose d’un relais permanent au bord de la Limmat depuis deux ans. L’an dernier, le marché suisse des fonds de placement a vu sa fortune totale progresser de 2% pour atteindre 891 milliards de francs à fin décembre 2015. Quarante milliards d’argent frais ont été investis dans des fonds l’an dernier.

Les taux négatifs, un cas particulier

Etabli en Suisse depuis 2009, - PIMCO, leader mondial sur le marché obligataire, a connu en Suisse une croissance très rapide ces six dernières années. Basée à Zurich, l’entité helvétique opère avec dix collaborateurs, dont deux personnes qui s’occupent uniquement du marché genevois. Actuellement, la situation particulière des taux négatifs en Suisse n’a fait qu’accentuer la difficulté pour les caisses de pension à trouver des placements suffisamment attrayants, observe Jürg Rimle, directeur de PIMCO (Suisse). «Même si PIMCO n’a pas d’activités de gestion dans le pays, la société a pris en compte la spécificité de la situation actuelle des taux négatifs pour élaborer des solutions sur mesure adressées aux investisseurs», explique-t-il. Pour le marché suisse, la société a créé un fonds ETF libellé en francs investissant dans des obligations d’entreprises américaines de haute qualité avec une duration courte. L’approche ciblée de la société a porté ses fruits: avant 2009, le marché helvétique, traité à partir de Londres et de Munich, affichait des volumes inférieurs à 4 milliards de francs. A fin 2015, ils s’élevaient à quelque 30 milliards de francs. La plus grande partie, soit environ 60%, est souscrite par des clients institutionnels.

Travailler depuis l’étranger n’a pas de sens à long terme

Pioneer Investments occupe une position de niche sur le marché helvétique mais compte une présence ininterrompue en Suisse depuis 2003. Installé d’abord à Genève, le gérant d’actifs opère désormais uniquement depuis le bord de la Limmat pour toute la Suisse avec une équipe de six personnes. Avec 2,5 milliards de francs d’actifs sous gestion, le volume géré pour la clientèle suisse est le plus important atteint à ce jour. «La Suisse est le troisième plus grand marché pour les sociétés de gestion d’actifs en Europe après le Royaume-Uni et l’Italie», souligne Rainer Lenzin, directeur pour la Suisse de Pioneer Investments depuis 2012. Serait-il possible de couvrir le marché suisse depuis l’étranger? Rainer Lenzin n’est pas de cet avis: «Une société peut, bien sûr, envoyer un spécialiste pour le marché suisse depuis Londres. Mais cela coûte aussi et vous n’avez pas la flexibilité nécessaire pour rencontrer les clients lorsqu’il le faut. Opérer à partir de l’étranger n’a pas de sens sur le long terme. Cela peut fonctionner seulement lors de la phase initiale durant laquelle une société bâtit peu à peu sa présence sur le marché suisse», juge-t-il.

Publicité