Portrait

Abir Oreibi, une dame de tech pour Lift

La directrice des conférences Lift insuffle de nouvelles orientations à l’événement genevois dédié à l’innovation. Parce qu’il est temps de passer de la théorie à la pratique

Elle reçoit dans son QG genevois, baigné d’un calme olympien. Difficile d’imaginer qu’à pareille époque, le 18 quai du Seujet bourdonne. Nous sommes pourtant à quelques jours du coup d’envoi des conférences Lift, le grand raout annuel dédié à l’innovation numérique, dont la 11e édition se tiendra du 10 au 12 février au Centre international de conférences (CICG), à Genève. A 46 ans, Abir Oreibi en a repris la direction en 2011.

La première impression de quiétude qui règne dans les bureaux de Lift s’avérera fausse. «Toute l’équipe a dormi ici la nuit passée, sourit la brune flamboyante.» L’étoffe entrepreneuriale d’Abir Oreibi se juge à sa capacité d’abattre une montagne de travail avec zénitude. Et il en faut pour métamorphoser chaque année Genève en incubateur d’idées percutantes nées du Web, des nouvelles technologies, des arts numériques mais aussi de la Net-économie. La directrice de Lift ne doute jamais. Elle maîtrise son sujet.

Sous son impulsion, l’événement Lift s’est démultiplié pour s’exporter à Bâle, Bombay, Shanghaï, Shenzhen ou Bangalore. La workaholic Abir Oreibi ambitionne d’accroître l’impact de Lift sur la plus large audience possible en multipliant les projets de recherche, suisses et internationaux, dans lesquels étudiants, chercheurs, politiques et start-up collaborent. «Dès mon arrivée, je voulais que Lift ne se résume pas à des conférences, mais servent de base à d’autres déclinaisons. C’était important que Lift existe en tant qu’acteur pour promouvoir et faire circuler l’innovation.»

Racines internationales

Aujourd’hui, l’entrepreneure peut se targuer d’avoir accompli cette mue. Depuis plusieurs mois, les secteurs privés et publics, l’industrie, la pharma, les banques font appellent aux compétences de Lift en matière de gestion de projets. «Nous les accompagnons dans la réflexion. L’innovation impacte tous les secteurs de l’économie. Pour les divers acteurs, il est parfois difficile de repenser leur modèle d’affaires, souligne Abir Oreibi. Nous leur apportons une dimension prospective tout en les connectant avec les personnalités clés du marché, en Suisse comme à l’étranger.»

Abir Oreibi ponctue ses réponses de nombreux anglicismes. Un tic de langage propre aux acteurs de l’innovation qui trahit une carrière professionnelle et privée tournée depuis toujours vers l’international. Née en Libye, la future directrice de Lift débarque dans la Cité de Clavin à l’âge de 5 ans. Titulaire d’une Licence en sciences politiques de l’Université de Genève, elle s’envole à 22 ans pour Hongkong où elle travaille à l’Institut pour la recherche internationale (IIR).

En Chine, la Genevoise fait ses premières armes d’entrepreneure et de mère. «J’ai appris que j’étais enceinte de mon premier bébé à l’âge de 24 ans pendant la période d’essai de mon premier job. Mon patron de l’époque a été incroyable, se souvient-elle. Il m’a permis d’aménager mon temps pour concilier ma carrière et ma vie de famille. Pour le remercier, je lui ai organisé le plus gros événement de l’entreprise.» Ambitieuse, Abir Oreibi apprend très tôt à gérer des équipes. La sienne qui compte aujourd’hui quatre autres enfants, dont deux beaux-enfants. Mais aussi celles des sociétés qui misent sur son esprit d’entreprise.

De Shanghai à Berne

Après un court passage à Bangkok, Abir pose ses valises à Shanghai. Elle a 27 ans, étudie le chinois et cofonde Bizart, une organisation centrée sur les artistes émergents chinois. En l’an 2000, elle ­migre à Londres pour y inaugurer le bureau d’Alibaba.com. Le plus grand groupe d’e-commerce chinois la recrute pour développer les marchés d’Europe et du Moyen-Orient alors que l’entreprise, encore à ses prémices, ne comptait qu’une soixantaine de collaborateurs. «Une expérience unique durant laquelle j’ai pu forger mon caractère entrepreneurial.» Rebelote à Genève deux ans plus tard. En 2011, elle investit dans le capital de Lift et en prend la présidence, après le départ de Laurent Haug, le fondateur des conférences en 2006.

Avec Lift, Abir Oreibi redécouvre une Chine métamorphosée. «Si le pays reste un marché compliqué, il s’est énormément ouvert. Hongkong et Shenzhen particulièrement où les parcs d’innovation se multiplient. La communauté «makers» y est très présente. Ces bidouilleurs tournés vers la technologie inventent de nouveaux modèles d’affaires innovants. Tout cela est très inspirant.» Abir profite de l’énergie créatrice de la Chine pour y exporter et tester des projets imaginés à Genève. «Lift doit être le lieu où l’on identifie les tendances du futur, mais aussi celui où on les réalise.»

Lift a donc 11 ans. Avec la multiplication des conférences internationales dédiées à l’innovation, Abir Oreibi insuffle de nouvelles orientations à son événement: moins de conférences et davantage d’interactions, des salles plus petites et de formats plus courts pour «casser le côté unidimensionnel du rendez-vous et renforcer son rôle de facilitateur entre les acteurs clés du numérique.» La directrice de Lift a entamé ce virage l’année dernière pour que les designers, artistes, étudiants, entrepreneurs, hackers, gourous numériques ou politiciens contribuent, ensemble, à la création de projets.

Le parcours d’Abir ressemble à un concentré de globalisation. L’entrepreneure n’en délaisse pas pour autant la Suisse. Au contraire. Avec le professeur de l’Université de Genève Jean-Henri Morin, elle réseaute les acteurs suisses de l’innovation pour que la Confédération se dote d’un agenda numérique. Il y a aussi l’organisation de «mini-lift» sous la Coupole pour initier les parlementaires aux enjeux politiques des nouvelles technologies. Et à Bâle, avec les acteurs de la pharma. Depuis peu, Abir Oreibi est membre de la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI). Adoubée par le Conseil fédéral, elle s’active sur le volet dédié aux start-up. Une nomination qui lui permettra d’amener «sa patte» dans un domaine qu’elle affectionne. «Chacune de mes activités nourrit les autres. J’aime cette cohérence et cette connexion.»


1969: naissance le 6 juin à Benghazi

1994: Installation à Hongkong, puis Shanghai

2000: Développe les marchés d’Europe et du Moyen-Orient d’Alibaba.com

2011: Entre à la direction de Lift

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