Capital-risque

La Suisse peut encore faire mieux

Les fonds levés par des start-up ont progressé en 2015 mais le capital-risque helvétique fait toujours défaut. Les jeunes sociétés trouvent majoritairement du financement hors des frontières

En Suisse, l’argent ne semble pas faire défaut, si l’on se réfère à la dernière étude de Swiss Venture Capital Report, publiée en janvier: les jeunes sociétés ont levé 670 millions de francs, soit une progression de 48% par rapport à l’année précédente. Faut-il se réjouir de cette situation? A priori oui puisque chaque année, depuis quatre ans, les fonds levés par des start-up ont constamment augmenté. Ainsi, par rapport à 2012, le volume des investissements a plus que doublé, relève le rapport réalisé par le portail d’information Startupticker.ch, en collaboration avec l’association des investisseurs Swiss Private Equity & Corporate Finance Association (SECA). Les auteurs de l’étude attribuent le bond des investissements à une vingtaine de jeunes pousses, lesquelles ont recueilli pas moins de 561 millions de francs. Plus de 80% des fonds ont été destinés à sociétés de biotechnologie, avec par exemple 96,2 millions de francs pour CeQur à Lucerne, 77 millions pour ADC Therapeutics dans le canton de Vaud ou 60 millions pour ObsEva à Genève.
«Par rapport à la taille de sa population ou à son produit intérieur brut, la Suisse fait mieux que l’Allemagne ou la France, constate Jean-Philippe Lallement, directeur de l’EPFL Innovation Park. Il y a toutefois un fort tropisme vers les sciences de la vie.»

Si la Suisse fait mieux, elle n’atteint de loin pas les niveaux de financement obtenus outre-Atlantique. Selon Antonio Gambardella, directeur de l’incubateur genevois la Fongit, le montant de l’investissement type, mesuré par la médiane, a augmenté de 1,8 à 2,5 millions. «En Europe, cette valeur est de 2,7 millions alors qu’elle est de 5,5 millions aux États-Unis. On se rapproche du standard européen. Cela montre qu’il y a clairement une industrie du financement des petites sociétés innovantes qui se développe en Suisse.» S’il n’est plus si compliqué de trouver des fonds d’amorçage, il manque toujours du financement lorsqu’il s’agit de lever entre environ 1,5 à 3 millions de francs. «En revanche, on observe de plus en plus de sorties, à savoir des reventes de start-up, vers 20 à 50 millions de francs, ce qui démontre la spécificité du modèle d’innovation suisse ciblé en général vers des niches à haute valeur technologique», note Antonio Gambardella.

Les fonds levés ont certes progressé mais la plupart des start-up suisses ont trouvé ce financement auprès de sociétés de capital-risque étrangères. «Avec le risque qu’un jour ou l’autre, elles soient poussées à quitter la Suisse ou du moins à délocaliser une partie de leurs activités», estime Jean-Philippe Lallement.
Certains fonds de capital-risque américains ont installé une antenne en Europe. La Suisse offrirait d’ailleurs des opportunités plus intéressantes, en comparaison avec les États-Unis. Il y aurait en effet moins de compétition et parfois des évaluations plus intéressantes étant donné la rareté du capital et un écosystème moins mature en matière de capital-risque. «Le secteur de la biotechnologie a chuté de 30% aux États-Unis. Depuis le début de l’année, les valorisations outre-Atlantique redeviennent raisonnables en comparaison européenne», tempère Claudio Nessi, partenaire chez NeoMed, un fonds de capital-risque suisse, spécialisé dans les sciences de la vie. En revanche, selon le spécialiste, le principal problème helvétique réside dans la difficulté à trouver des fonds. «La Suisse est un pays extraordinaire dans lequel investir. Tout y est réuni, aussi bien en matière de connaissance, d’éducation, d’industrie ou même de système fiscal. Toutefois, les capitaux font défaut. C’est le gros trou de cet écosystème car les caisses de pension ne veulent pas investir dans le capital-risque, contrairement aux États-Unis ou la Grande-Bretagne», explique Claudio Nessi qui est parvenu, de son côté, à lever des fonds à hauteur de 350 millions de francs, grâce majoritairement à des fonds externes à la Suisse. C’est d’ailleurs pour remédier à cette situation que l’ancien directeur financier de Roche, Henri Meier, a proposé que les caisses de pension injectent 1% de leurs cash-flows annuels dans un fonds de fonds de capital-risque. En comparaison, aux Etats-Unis, les caisses de pension investissent généralement 5% de leurs avoirs sous forme de capital-risque et certains fonds de fondations universitaires vont même parfois jusqu’à 50%.

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