Editorial

Sale temps pour les start-up?

La Silicon Valley tire la sonnette d’alarme. Le soutien financier des investisseurs aux start-up diminue, et l’innovation pâtit de cette défiance. Il convient de prendre de la distance et de penser sur le long terme

L’alerte vient cette fois de la Silicon Valley: les investisseurs ne croient plus comme avant aux start-up et leur financement semble se tarir. Jusqu’ici, les jeunes pousses californiennes les plus créatives n’avaient aucun souci pour trouver des fonds. Les commentateurs estimaient de surcroît qu’il n’y avait pas de risque de bulle puisque la propriété du capital restait cantonnée entre quelques mains. En effet, la plupart de ces entreprises se finançaient à travers des privés et n’avaient pas envie d'«aller public», comme on dit en jargon financier, à savoir se coter en Bourse.

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Mais la fête est finie. Ce n’est pas le fait des start-up elles-mêmes. Il n’y a pas, cette fois, de crash de sociétés emblématiques du domaine. En 2000, ce monde marchait sur la tête avec des valorisations folles, gonflées à bloc par les banques d’investissement, et sans espoir de retour pour les investisseurs. La crise vient en 2016 du reste de l’économie: il y a une défiance générale vis-à-vis d’une époque qu’il devient toujours plus difficile de lire. Qui peut prédire l’avenir et notamment la politique des taux de la Fed, le futur de l’économie chinoise, l’exposition des banques à des marchés à risques comme le secteur de l’énergie dans un contexte de chute des cours du pétrole, le tout sur un fond de montée des populismes en année électorale américaine? Sans parler d’une Europe qui navigue à vue…

Le financement de l’innovation dans un tel contexte ne pèse pas lourd. Il décline aux Etats-Unis, ne se porte pas si mal en Europe et en Suisse mais il faut se méfier d’un effet retard bien connu dans le domaine. Quand cela ne marche plus côté américain, c’est le moment en général où le Vieux Continent prend goût à l’aventure. Et c’est malheureusement le moment où la courbe descend. Sans compter que certaines licornes, ces start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars, inquiètent. C’est le cas notamment de Uber. Même si la méfiance doit être relativisée: Amazon n’a pas eu beaucoup d’années bénéficiaires et personne ne la voit s’effondrer du jour au lendemain. Comme s’il y avait quelques très rares sociétés qui entraient dans une nouvelle catégorie: «Trop utiles pour disparaître.»

Alors, sale temps pour l’innovation? Assurément. Quand les banquiers commencent à vous dire qu’ils conseillent d’acheter de l’or – le métal jaune qui ne se porte jamais mieux qu’en période d’incertitudes est en forte hausse – c’est que l’appétit pour la prise de risque n’y est plus. Et pourtant. C’est le moment de penser long terme et se souvenir que Google est né en 1998 en pleine excitation de la Nouvelle Economie, et Facebook en 2004, soit 4 ans après le krach des valeurs technologiques. Ces deux firmes aujourd’hui florissantes rappellent que l’innovation doit aussi se penser comme séquence longue et pas seulement à l’aune des inévitables crises financières passagères.

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