Médicaments

L’assurance CSS pense que les pharmas exagèrent

La part des nouveaux médicaments à coûts très élevés a plus que quadruplé en six ans 

Malgré la pression constante sur les prix exercée par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) selon les nouvelles directives du Conseil fédéral, la facture globale des médicaments payée par les assurés ne diminue pas.

Ce paradoxe s’explique par le fait que les majorations de prix des nouveaux médicaments compensent largement les baisses obtenues sur les anciennes préparations via une comparaison des prix avec l’étranger.

La caisse maladie CSS a fourni jeudi des chiffres sur cette évolution qu’elle juge inquiétante. Les experts de cette assurance proposent certaines mesures qui permettraient de juguler les coûts en établissant une plus grande transparence et une évaluation sérieuse du bénéfice thérapeutique d’une nouvelle molécule.

Après s’être stabilisée en 2013 et 2014, avec des hausses des prix sortie d’usine de respectivement 0,2% et 0,6%, la facture des médicaments a repris l’ascenseur l’an dernier en Suisse pour faire un bond de 5%, à 5,38 milliards de francs. L’augmentation du volume vendu n’explique qu’une partie de cette forte progression. Les baisses de prix (-2,8%) ont été nettement compensées par les augmentations consécutives aux nouveaux médicaments autorisés et aux nouvelles indications thérapeutiques acceptées pour des produits existants (+3,2%). Les médicaments représentent 20% des coûts de l’assurance maladie de base.

L’assurance CSS a fait ses calculs. De plus en plus de médicaments occasionnent un coût dépassant 10 000 francs par an et par patient. «La part des médicaments à coût élevé est passée de 5% en 2008 à 22% en 2014», souligne Philomena Colatrella, secrétaire générale de la CSS. La somme dépensée pour cette catégorie atteint 199 millions de francs, contre 41 millions en 2008. Les caisses maladie sont particulièrement inquiètes de l’explosion des coûts liés à l’arrivée sur le marché de médicaments contre l’hépatite C (Sovaldi et Harvoni) dont le coût par année et par patient dépasse 50 000 francs.

Les entreprises pharmaceutiques proposent en outre de plus en plus souvent des thérapies associant deux ou trois médicaments différents. C’est devenu fréquent dans le traitement de certains cancers. «Nous devons ainsi payer le double pour un traitement dont le gain d’efficacité thérapeutique ne représente jamais 100%, mais le plus souvent 20%», s’insurge Matthias Schenker, chef de la politique de la santé auprès de la CSS.

L’évaluation du gain thérapeutique, effectuée par l’OFSP pour accepter des majorations de prix, n’est pas fiable selon la CSS. «Un organe scientifique extérieur neutre devrait s’en charger. De plus, les règles actuelles sont trop rigides. Nous demandons aussi de pouvoir avoir droit au chapitre», suggère Matthias Schenker.

La CSS ne souhaite toutefois pas s’inspirer du modèle des Etats-Unis, où les assureurs négocient directement avec les groupes pharmaceutiques. «Le marché suisse est trop petit pour que nous puissions exercer une pression directe sur les prix. Nous sommes en position de faiblesse face à un monopole de l’industrie pharmaceutique», ajoute le chef de la politique de la santé auprès de la CSS.

L’assureur propose en outre un droit de recours contre des prix qu’il jugerait trop élevés, de même que la mise en place d’un système de remboursement des médicaments génériques selon un prix moyen fixé par substance active.

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