Ciment

Pourquoi la fusion LafargeHolcim n’a pas encore tenu ses promesses

Le titre a perdu la moitié de sa valeur depuis que le rapprochement a été scellé en mai dernier. Annoncé lundi, le départ en mai du coprésident Wolfgang Reitzle ajoute à l’incertitude liée à la conjoncture et à la mise en œuvre du mariage entre les cimentiers français et suisse

Avec l’annonce lundi du départ prévu en mai de Wolfgang Reitzle, coprésident de LafargeHolcim, c’est le deuxième artisan clé de la fusion entre Holcim et Lafarge qui quitte le navire. Lundi soir, l’Allemand a confirmé qu’il ne se sollicitera pas un nouveau mandat lors de la prochaine assemblée générale du cimentier prévue le 12 mai prochain, du fait qu’il a été proposé à l’élection de la présidence du groupe bavarois Linde agendée le 3 mai.

Lire aussi: «Ensemble, Lafarge et Holcim vont se développer plus vite»

Après Rolf Soiron, l’ancien président de Holcim, qui avait noué les contacts avec Lafarge en première moitié d’année de 2014 avant de remettre son poste l’an dernier, il ne reste ainsi plus que Bruno Lafont, l’ancien président-directeur général du cimentier français et coprésident de LafargeHolcim, parmi les initiateurs de la fusion des deux géants du ciment avalisée par ses actionnaires en mai dernier.

Instabilité à la tête du groupe

Sur les marchés, l’annonce du départ de l’Allemand, qui sera remplacé par Beat Hess, déjà membre du conseil d’administration de LafargeHolcim, a fait plonger mardi le titre à moins de 34 francs, son plus bas niveau depuis la fusion. En octobre dernier, le directeur financier Thomas Aebischer s’était aussi retiré abruptement.

Aux yeux de la Banque cantonale de Zürich, les structures à la tête du premier cimentier mondial donnent une impression «quelque peu instable». «Certes, la fusion est terminée d’un point de vue juridique, mais la phase la plus importante du travail d’intégration et la réalisation des synergies visées doivent encore être faites», a relevé l’établissement dans une note.

«Opportunité du siècle»

Depuis l’assemblée générale du 8 mai dernier, date à laquelle le mariage entre les géants du ciment helvétique et français a été scellé, le titre LafargeHolcim a fondu de moitié à la bourse suisse. En comparaison, le numéro deux de la branche, Heidelbergcement, a perdu moins d’un cinquième de sa valeur à Francfort durant la même période.

Lire aussi: Les groupes Lafarge et Holcim promettent une fusion sans fermeture de sites

Une évolution qui contraste aussi avec les perspectives présentées le printemps dernier. Devant les actionnaires réunis au Hallenstadion de Zürich, Bruno Lafont, n’avait pas hésité à parler de l'«opportunité du siècle». Un an auparavant, Rolf Soiron avait aussi mis en évidence en avril 2014 la capacité du nouveau groupe a générer des «résultats stables».

Les cessions d’actifs se poursuivent

Ces prochains mois, les investisseurs scruteront de près l’évolution de deux aspects du groupe qui emploie quelque 130 000 salariés pour un chiffre d’affaires annuel de plus de 33 milliards de francs. D’une part, la réalisation des synergies attendues de la fusion, chiffrées à 1,5 milliard. Lors de la journée des investisseurs de début décembre, Eric Olsen, le directeur de LafargeHolcim, a réitéré cet objectif, dont 550 millions de francs sont escomptés pour la seule année 2016.

D’autre part, les désinvestissements exigés par les autorités de différents pays constituent un facteur d’incertitude supplémentaire pour la société. En Inde, les autorités de la concurrence (CCI) ont transmis lundi les conditions relatives à la cession de trois cimenteries et deux installations de broyage. Les avancées dans ce dossier ont été interprétées avec prudence par les analystes: la BCZ observe que les cessions d’actifs en Inde portent désormais sur une capacité totale de production de près de 11 millions de tonnes par année, plus du double du volume de 5,1 millions de tonnes de ciment évoqué initialement. Selon J. Safra Sarasin, le marché redoute des dépréciations sur le montant des actifs et sur le goodwill qui pourraient être dévoilés lors de la publication des chiffres de LafargeHolcim à la mi-mars.

Indemnité exceptionnelle en 2015 pour Bruno Lafont

Mercredi, l’action de LafargeHolcim a rebondi de 5,4% à 35,99 francs, ramenant la perte essuyée depuis début janvier à 28%. Dans ce contexte, la prime de 2,5 millions d’euros octroyée en mai dernier par le conseil d’administration de Lafarge à Bruno Lafont laissera un arrière-goût amer aux actionnaires de la nouvelle entité. Cette indemnité exceptionnelle avait été alors justifiée par «la performance exceptionnelle, l’engagement et les résultats du président-directeur général dans des circonstances extraordinaires», comme l’avait alors formulé dans un communiqué le conseil d’administration de Lafarge.

Publicité