Marchés

Jeudi rouge vif sur les marchés

Le redressement de la Bourse suisse observé mercredi n'aura pas duré bien longtemps. Credit Suisse, en repli de 8,71%, a quant à lui inscrit un plus bas de 25 ans

Les doutes sur la conjoncture mondiale persistent et les valeurs bancaires sont à nouveau sous pression, note l'agence financière awp. Le pessimisme se répandait aussi outre-Atlantique, Wall Street étant orienté en forte baisse, selon les indications préalables.

«Jamais depuis 2011 le marché n'avait montré de tels signes de nervosité, perdu entre l'effondrement des prix du pétrole, une saison des résultats plus que mitigée, des indicateurs macroéconomiques à la baisse (...) et la peur d'une contagion au secteur des obligations à haut rendement», a commenté Oddo Meriten.

«Seules les banques centrales semblent avoir encore un peu de pouvoir pour freiner ponctuellement la chute des indices», ont estimé les analystes de xtb online trading, en référence aux propos de la présidente de la Réserve fédérale américaine (Fed). Janet Yellen n'a cependant «rien annoncé de transcendant», selon les spécialistes.

Valeurs bancaires à la peine

En Suisse, les plus fortes baisses étaient une fois de plus enregistrées par les valeurs bancaires Credit Suisse (-8,26%), UBS (-4,42%) et Julius Baer (-3,67%).

Face aux craintes sur l'économie mondiale, les valeurs conjoncturelles se trouvaient également dans la tourmente, à l'instar de LafargeHolcim (-6,06%), Transocean (-5,61%) et Adecco (-4,20%).

Zurich Insurance (-3,31%) a dévoilé comme prévu un résultat en net recul. L'assureur maintient toutefois son dividende à 17 francs. Dans le cadre de sa restructuration, le groupe va biffer 8000 emplois. Parmi les autres assureurs, Swiss Re abandonnait 2,95% et Swiss Life 3,25%.

Les poids lourds n'échappaient pas à la morosité ambiante avec Novartis (-2,29%), Nestlé (-2,20%) et Roche (-1,26%). Avec une perte de 1,25%, Syngenta faisait la "meilleure" performance.

Marchés mondiaux pas épargnés

Les marchés mondiaux n'ont pas été épargnés par le cocktail d'inquiétudes et de doutes sur le pétrole, les banques et la croissance mondiale, et décrochaient sévèrement.

L'hécatombe était générale en Europe: vers 14h00, Paris perdait 3,71%, Francfort 2,38%, Londres 2,01%, Milan 4,98% et Madrid 4,10%. Les baisses étaient encore plus fortes peu après l'ouverture.

L'Asie avait donné le ton juste un peu plus tôt avec un décrochage de 4% de la Bourse de Hong Kong qui reprenait ses activités après trois jours de congés, tandis que celle de Tokyo était fermée pour cause de jour férié.

Les banques, qui cristallisent les peurs depuis quelques jours, sont en première ligne du décrochage. Plusieurs plusieurs journaux allemands ont même évoqué un "tremblement de terre bancaire".

Vers 12h00, la française Société Générale reculait de 12,02%, l'italienne Ubi Banca de 15,3%, BMPS de 8,67%, Mediobanca de 9,71%, l'espagnole Santander de 5,09%. En Allemagne, Deutsche Bank, la première banque allemande, qui avait été contrainte de publier un communiqué pour rassurer sur sa solvabilité et qui avait gagné 10,2% mercredi, s'enfonçait de nouveau, de 6,14%.

A Londres, même tendance pour Standard Chartered (-5,01%), Barclays (-5,66%) et Royal Bank of Scotland (-3,48%).

Le pétrole alourdit la facture

Les prix du pétrole, autre sujet majeur de préoccupation des marchés financiers, reculaient aussi, alourdissant encore un peu plus l'ambiance générale. "Le soutien pourrait venir d'un rebond du pétrole, mais pour l'instant un accord entre pays producteurs pour réduire l'offre ne semble pas se profiler", note Jean-François Robin, un stratégiste obligataire de Natixis.

Globalement, «le coeur du problème, c'est le décalage entre les attentes des marchés en début d'année et la réalité des chiffres», estime Christopher Dembik, un économiste de Saxo Banque. «Tout le monde croyait que l'année 2016 serait celle de la reprise, mais dès les premiers jours de janvier, la Banque Mondiale puis le FMI ont revu nettement à la baisse leurs prévisions de croissance pour l'année en cours. Cela a jeté un froid».

Selon lui, c'est donc la prise de conscience par les investisseurs de ces données qui explique la chute depuis janvier des bourses. Désormais, la panique est auto-entretenue et les marchés «ne font plus guère attention aux fondamentaux».

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