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Les marchés financiers craignent un nouveau Lehman Brothers

Plombées par les valeurs bancaires, les bourses européennes ont encore chuté jeudi. Credit Suisse a perdu 37% de sa valeur depuis début 2016

Lehman Brothers. Le juron est lâché. Face à la nouvelle dégringolade des actions bancaires, certains analystes osent désormais la comparaison avec la retentissante faillite de l’établissement newyorkais en 2008, celle qui avait placé la finance mondiale face à un risque systémique.

Jeudi, après une brève accalmie mercredi, les bourses ont à nouveau fortement chuté. En Suisse, le SMI a lâché 2,7%, plombé par ses poids lourds financiers: Credit Suisse a reculé de 8,41%, touchant au passage un plus bas depuis 25 ans, à 12.23 francs. Le titre d’UBS a lui perdu 4,6%.

Lire aussi: Credit Suisse et UBS font plonger la bourse suisse

Mais la Suisse n’est pas la seule concernée. Hongkong a flanché de 4%, dans la nuit de mercredi à jeudi. En France, le CAC 40 a perdu 4%, le Dax allemand 3%, tandis qu’à Londres, le Footsie a terminé la séance à -2,4%. A Wall Street, le Dow Jones égarait 2% en matinée.

L’état de la conjoncture mondiale et les prix bas du pétrole polluent l’ambiance depuis le début de l’année 2016. Les actions d’entreprises cycliques sont fortement sanctionnées. Adecco, par exemple, a cédé 10% en une semaine, dont 4% jeudi. Mais depuis quelques jours, les craintes se sont surtout focalisées sur l’état du portefeuille des banques et sur leur exposition aux valeurs du secteur de l’énergie, qui, elles aussi, n’en finissent plus de perdre du terrain. Société Générale, dont les objectifs de croissance du chiffre d’affaires et de rentabilité présentés jeudi ont déçu, a été lourdement sanctionné (-12,6%). Deutsche Bank a perdu 6% sur une seule journée.

L’oeuf ou la poule?

L’oeuf ou la poule? La conjoncture ou les bourses? Qui des deux fait trembler l’autre? «Plus les marchés font baisser les prix des actifs, plus les risques économiques vont s’accroître», prévient un stratège de Natixis. Pour Janet Yellen, la présidente de la Fed, qui s’exprimait jeudi devant le Congrès, «les développements économiques et financiers dans le monde […] peuvent influencer la balance des risques ou la trajectoire économique». Elle est restée néanmoins très prudente sur l’influence des turbulences actuelles sur sa politique monétaire – les hausses de taux.

Depuis le début de l’année, les bourses mondiales – l’indice MSCI Monde – ont déjà perdu 11%. Le gestionnaire d’actifs Oddo Meriten, cité par l’AFP, affirme ne pas avoir observé «des tels signes de nervosité depuis 2011». Un économiste de Saxo Banque évoque, lui, une prise de conscience des investisseurs du décalage entre leurs attentes et la réalité des chiffres. Tous doivent se rendre à l’évidence: l’année 2016 ne sera pas celle de la reprise. Désormais, ajoute Christopher Dembik, «la panique est auto-entretenue et les marchés ne font plus attention aux fondamentaux».

Les inquiétudes sont telles qu’elles ont poussé le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, à vouloir rassurer sur l’état de santé du système bancaire de la zone euro. Il a répété ce qu’ont affirmé les patrons des grands établissements financiers, ces derniers jours: «Les banques sont structurellement dans une bien meilleure situation» qu’il y a quelques années. Lui non plus n’a pas été entendu.

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