Formation

L’apprentissage, nouvel outil de promotion pour la Suisse

Une délégation américaine de cinquante personnes, emmenée par le gouverneur du Colorado, a visité l’industriel Mikron à Boudry (NE)

Le système de formation duale intéresse sérieusement les États-Unis. Jeudi, une délégation d’une cinquantaine de personnes emmenée par le gouverneur du Colorado, le démocrate John Hickenlooper, a visité la division automation du groupe industriel Mikron, à Boudry (NE). Six mois après l’accord signé entre la Suisse et les États-Unis, le groupe industriel a fait l’étalage de son modèle d’apprentissage mais également sorti ses plus belles machines.

Mikron emploie 1200 personnes dont 4% d’apprentis. Son site de Boudry en compte 23. «Il ne faut pas voir ce système uniquement comme un facteur de coûts, rassure Rolf Rihs, directeur opérationnel, devant un parterre de représentants du secteur privé, du monde éducatif et des syndicats. Les apprentis deviennent vite productifs et ils nous permettront d’avoir à l’interne les compétences que nous chercherons dans cinq à dix ans.»

Dix millions de dollars investis

À l’occasion de la visite de la délégation américaine, Mikron a invité ses apprentis à travailler un peu plus tard que d’habitude pour y faire l’étalage de leur dextérité et expliquer leurs motivations. Noel Ginsbourg, directeur du groupe industriel américain Intertech Plastics (200 employés), est séduit: «Vous avez entendu? Ces deux jeunes ont choisi de travailler ici parce que c’est proche de chez eux. C’est formidable, c’est exactement ce que nous voulons faire à Denver: former les jeunes de la région.»

Thomas Bosshard, directeur de la branche américaine de Pilatus (80 employés), confirme: «Nous voulons répliquer le modèle suisse qui reste «l’étalon-or» en matière de formation», explique ce Zurichois qui vit dans le Colorado depuis la fondation de sa filiale en 1996. Son entreprise mettra en place dès cet été, avec Intertech Plastics et les branches américaines de Mikron et Sandoz, un projet pilote d’apprentissage pour quelque 300 jeunes. Dix millions de dollars ont déjà été débloqués par le système scolaire public de Denver.

Que fait-on des 70% de jeunes Américains qui n’iront jamais à l’université?

Les autorités espèrent convaincre le secteur privé de s’embarquer dans l’aventure, notamment à travers des exemptions fiscales. Elles se donnent dix ans pour généraliser la pratique de l’apprentissage dans la région. Les besoins sont réels: plusieurs membres de la délégation américaine confirmaient jeudi leurs difficultés à trouver de la main-d’œuvre qualifiée dans le secteur industriel.

Pour John Hickenlooper, le système suisse est «le meilleur que nous ayons trouvé». Maire de Denver de 2003 à 2011 et gouverneur depuis 5 ans, le démocrate a fait de la réforme du système éducatif l’un de ses chevaux de bataille. «Depuis toujours, nous préparons nos jeunes à aller à l’université. Nous les persuadons que c’est ça la réussite. Mais 70% d’entre eux n’y mettront jamais les pieds. Que fait-on de tous ceux-là?», souligne-t-il. Sa délégation a également rencontré des entreprises formatrices comme Swisscom ou Pilatus mais aussi visité divers centres de formation.

33 délégations étrangères en 2015

Les entreprises suisses ont aussi à gagner en promouvant la formation duale à l’étranger. Et pas seulement aux États-Unis. L’apprentissage devient même un produit d’appel pour l’économie suisse. En 2015, pas moins de 33 délégations étrangères en provenance de Chine, de Corée du Sud ou de France ont visité le pays, a confirmé au Temps l’Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle (IFFP).

Jean-Nathanaël Karakash, conseiller d’État neuchâtelois en charge de l’économie, confirme que l’apprentissage suisse sert aussi d’outil de promotion économique à l’étranger. «Je suis là pour soutenir la démarche de Mikron. Mais c’est aussi ma mission que de mettre en avant le tissu industriel et le savoir-faire de mon canton», explique le socialiste qui, durant sa présentation, a mentionné jusqu’à 8 domaines de coopération potentielle entre les deux régions, du luxe aux équipements médicaux, en passant par les machines-outils.

Publicité