Vos finances

Comment réduire le fardeau fiscal?

L’impôt varie beaucoup en fonction du canton. Et l’écart augmente même pour les familles. Pour l’épargnant aussi, quelques bonnes décisions peuvent faire la différence

Chez les Romains, le «fiscus» était un panier au sein duquel on payait en argent pour l’équipement d’un soldat. C’était une alternative au service des armes. Aujourd’hui, le fisc est plus opaque, lourd et complexe que jamais, «un monstre qui aspire et crache de l’argent» pour reprendre le philosophe Peter Sloterdijk. En plus, il change les règles constamment. Certaines décisions peuvent être lourdes de conséquences sur la facture finale.

L’impôt change avec le lieu et le temps. «L’un des conseils permettant l’optimisation fiscale reste le changement de domicile (commune ou canton)», explique Roland Bron, directeur de VZ Suisse romande.

L’écart augmente pour les familles

Albert Steck, auteur d’un blog fiscal auprès de la Banque Migros a évalué l’imposition des familles dans les cantons. «La concurrence fiscale entre les cantons fonctionne pour les familles», constate-t-il. Avant même de connaître l’accueil de l’initiative du PDC par les citoyens à la fin du mois, il analyse les profonds changements intervenus depuis l’entrée en vigueur en 2011 de la Loi fédérale sur les allégements fiscaux en faveur des familles avec enfants.

Premièrement, l’écart est très important entre les cantons: Les impôts d’une famille avec deux enfants et un revenu brut de 150 000 francs vont de 3283 francs (Zoug) à 20 597 francs (Neuchâtel), explique Albert Steck. La différence entre le fardeau le plus et le moins lourd est «exorbitante et dépasse 17 000 francs», écrit-il. Cela représente effectivement 11,3% du revenu brut. Au sein des cantons romands, cette même famille avec deux enfants paiera à Sion 11 300 francs, à Genève 12 574 francs, Fribourg 16 045 francs, Lausanne 17 730 francs et Delémont 19 182 francs.

Pour un revenu nettement inférieur, 80 000 francs par an, le classement présente un ordre assez similaire entre les cantons, si ce n’est que Genève devient le plus généreux, avec une facture fiscale de 348 francs à Genève. Cette charge est même inférieure à celle de Zoug. Par contre, le montant s’élève à 6270 francs à Neuchâtel. L’écart entre Genève et Neuchâtel atteint 5922 francs, soit 7,4% du revenu brut de ces familles.

Deuxièmement, les écarts ont augmenté entre les chefs-lieux des cantons même si «la loi de 2011 devait conduire à davantage d’équité fiscale», selon la Banque Migros. A Genève, la charge a diminué de près de 5000 francs (4581 francs exactement) par rapport à 2009 pour un revenu de 150 000 francs. C’est un effort manifeste en faveur de ce type de contribuable. L’amélioration est également significative dans d’autres cantons: 2202 francs en Valais, 1954 francs dans le Jura, 1447 francs à Fribourg, 1325 francs à Neuchâtel. Par contre, Vaud est à peine moins gourmand. La baisse de la charge fiscale est limitée à 379 francs. Les comparaisons ci-dessus concernent les familles avec un seul revenu, précise Albert Steck. Divers aiguillons fiscaux existent pour les familles avec deux revenus, sans parler des différences de déductions.

Jusqu’à 5 comptes de pilier 3a

Un conseil important mérite d’être répété à l’heure où les taux sont négatifs: «Il serait faux de se détourner du pilier 3a», selon Albert Steck. Si un contribuable verse 3000 francs durant vingt ans en faveur de son pilier 3a, soit 60 000 francs sans les revenus des placements (profitant également d’un avantage fiscal), le gain fiscal atteint environ 16 000 francs. Un montant finalement très appréciable.

Il convient toutefois de savoir que si le contribuable n’investit pas une année dans ce mode de prévoyance libre, il ne peut pas le compenser en investissant le double l’année suivante. L’avantage est annuel. Albert Steck nous explique qu’il est préférable d’avoir plusieurs comptes 3a, même auprès de la même institution et d’échelonner les retraits.

VZ a pris l’exemple d’un couple vaudois disposant d’un avoir de vieillesse de 800 000 francs (caisse de pension et pilier 3a). S’il retire tous ses capitaux la même année, le couple paiera 101 191 francs. S’il répartit les retraits sur plusieurs années, il paie 74 349 francs. L’économie fiscale atteint le montant de 26 842 francs.

Il ressort d’un jugement récent intervenu dans un canton alémanique, que l’épargnant peut avoir jusqu’à 5 comptes 3a pour maximiser l’avantage fiscal, ajoute Albert Steck.

Avantage fiscal pour le retrait en capital

La prévoyance est, confirme Roland Bron, l’un des meilleurs moyens afin de réduire la charge fiscale. L’avantage est effectivement significatif. Un contribuable qui investit 20 000 francs dans sa caisse de pension à travers des rachats réalise une économie fiscale de 30 à 40% du montant investi, en fonction de son domicile et de son revenu, soit 6 à 8000 francs. Les rachats sont généralement recommandés après 50 ans par les spécialistes de la prévoyance. En effet, le rendement du capital investi est en effet modeste (1,25%). Mieux vaut ne pas limiter ce rendement sur une très longue période. Par contre, l’avantage fiscal est substantiel.

Roland Bron propose à l’épargnant qui veut optimiser au mieux sa charge fiscale, de combiner ces rachats avec le choix du retrait de l’avoir vieillesse sous forme de capital au moment de la retraite, plutôt que de la rente. Le retrait en capital est en effet imposé à un taux réduit. Ce dernier est de 5 à 15% et non pas de 25 à 40% (taux normal d’imposition du revenu). Le choix entre la rente et le capital ne devrait toutefois pas se limiter aux seules considérations fiscales. A Genève, l’incitation à percevoir le capital est plus élevée qu’ailleurs, selon le directeur de VZ Suisse romande, puisque le taux est inférieur à 10% si la prestation vieillesse est prise sous forme de capital.

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