Innovation

AOL défend l’entrepreneuriat féminin dans la Silicon Valley

Accusée de machisme et de discrimination sexuelle, la Silicon Valley rechigne clairement à financer des start-up fondées par des femmes. Un fonds crée par AOL, Built By Girl, œuvre au changement

Dans l’écosystème sans équivalent de la Silicon Valley, les chiffres ont très souvent valeur de vérité. Ceux qui concernent le rôle et le poids des femmes dans la industrie des nouvelles technologies reflètent un axiome incontestable, et pour le coup démontrable: la gent féminine est discriminée. Déjà pointée du doigt par les défenseurs d’une diversité ethnique à laquelle elle reste trop perméable, la Vallée est également dans le viseur des critiques justifiées sur son machisme sectaire.

En mai dernier, trois mois après l’ouverture du très médiatique procès pour discrimination sexuelle intenté par une dirigeante de Reddit, Ellen Pao, contre son ancien employeur, un fonds de capital-risque, une étude publiée par Crunchbase stipulait que seules 18% des start-up aux Etats-Unis étaient dirigées par des femmes. Dans la Silicon Valley, ce n’est que 16%. Selon les données publiées annuellement depuis 2014 par les entreprises leaders de la Valley, la high tech a très clairement un problème structurel de diversité. Chez Google, Apple, Facebook, Twitter, Microsoft et Hewlett-Packard, environ 7 employés sur 10 sont masculins.

AOL a mis 10 millions dans les caisses

D’après une autre étude plus récente de l’université de Babson, seulement 15% des entreprises financées par des capital-risqueurs comptent une femme dans l’équipe dirigeante, et 2,7% ont elles une directrice-générale à leur tête. «Si 93% des fonds des capital-risqueurs américains vont à 50% de la population, il y a une réelle opportunité pour se concentrer sur l’autre moitié», constatait à l’automne 2015 Susan Lynn, la patronne du fonds Built By Girls.

Fondé en septembre 2014 par le géant AOL, son seul propriétaire, BBG Venture incarne la réponse de quelques mastodontes du web contre la discrimination sexuelle dans les nouvelles technologies et le numérique. C’est bien simple Built By Girls investit uniquement dans des jeunes start-up de l’internet et du mobile fondées par au moins une femme. Avec les 10 millions de francs accordés par AOL, le fonds possède pour l’instant un portefeuille de 26 entreprises, chacune ayant reçu entre 100 000 et 250 000 euros. Il est le fonds leader aux Etats-Unis dans le soutien financier à l’entreprenariat féminin dans la Tech.

«Il y a de plus en plus de fonds de capital-risque dirigés par des femmes, comme par exemple Aspect Ventures, Forerunner Ventures et Cowboy Ventures. Nous espérons que cela augmentera le nombre et le montant des levées pour les start-up fondées par des femmes», nous confie Nisha Dua, associée chez BBG Venture. Sur la difficulté de la femme entrepreneur à convaincre les capital-risqueurs, Nisha Dua nous explique son avis:

4% de décideurs féminins dans le capital-risque

«Premièrement les capital-risqueurs rencontrent souvent les fondateurs de start-up via des chaleureuses présentations, or les femmes n’ont pas le réseau suffisant pour cela. Secundo, pour un investisseur sensible aux codes, le type de créateur de start-up qui a réussi est un homme blanc ingénieur. Tertio, à peine 4% des décideurs au sein des fonds de capital-risque sont des femmes, qui pourtant sont plus enclines à comprendre un service ou produit qui s’adresse à elles.»

Pour inverser cette tendance, BBG Venture possède un argument phare: placer des billes sur une entrepreneuse de la «Tech» garantit un meilleur retour sur investissement. «Ce sens commun est soutenu par des données crédibles. Une étude de First Round Capitals a par exemple démontré que 63% des start-up guidées par des femmes réussissaient mieux que celles dirigées uniquement par des hommes. Une autre étude de Fortune 1000 met elle en avant un retour sur investissement trois fois supérieur», détaille Nisha Dua.

Pour elle la raison est simple, «les femmes sont les principaux utilisateurs sur quasi toutes les plateformes sociales. Elles passent plus de temps sur leur smartphone et influencent 85% des achats. Investir dans une entreprise qui saura séduire et comprendre les femmes relève donc de l’évidence» Dont acte.

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