Analyse

L’incroyable aveu de la BRI sur la croissance

Un langage impressionnant de clarté de la part de technocrates. Les politiques monétaires non-conventionnelles ont cassé la confiance. L'institution propose un nouveau contrat social et à une revue des institutions ! 

Un langage impressionnant de clarté de la part de technocrates. Un appel à un nouveau contrat social et à une revue des institutions! L’exposé de Luiz Pereira da Silva, directeur général adjoint de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), tenu début février à Budapest, signale un incroyable aveu d’impuissance de la part de la mère des banques centrales.

L’économiste, qui parle en son nom, reconnaît l’absence de transmission des politiques monétaires non-conventionnelles à l’économie réelle. «Celles-ci supposent qu’après une période de taux très bas, la confiance rebondit ainsi que la prise de risque». Mais après neuf ans d’un tel régime, «il n’y a toujours pas de retour à la normale», observe-t-il. La manipulation des prix (taux d’intérêt, changes), qui est la norme à travers les politiques non-conventionnelles, n’a pas provoqué la reprise. A force d’en modifier les rouages, l’économie a perdu ses repères. En langage technocratique, «il est difficile pour les agents de donner un prix aux attentes raisonnables de rendement par rapport au taux sans risque», explique-t-il. Il ajoute que «trop de paramètres font défaut, à commencer par l’absence de consensus sur la croissance à long terme». Dans ces conditions, il est difficile d’investir. Et de poser la question: «Est-ce que nous ne contribuons pas à créer des anticipations qui, de façon ironique, confirment le scénario d’une stagnation séculaire?», demande-t-il.

L’échec des politiques monétaire et budgétaire

Fort de ce constat, le directeur de la BRI demande de porter le débat sur les «variables non-économiques», à commencer par «des règles et institutions stables» et «un contrat social global». Ne faut-il pas faire confiance à la liberté économique? «Nous avons élaboré un ensemble de règles afin d’ériger l’Etat providence, mais ces règles semblent de plus en plus incompatibles avec notre capacité à financer leurs implications fiscales», selon l’économiste de la BRI. Une réforme des tâches de l’État est effectivement indispensable. Malheureusement les forces du statu quo sont au pouvoir. Aucune réforme structurelle n’est en vue. Pourtant, «les agents économiques doivent sentir que la hausse des actifs ne résulte pas d’un stimulant temporaire exceptionnel», explique Luiz Pereira da Silva.

Il est heureux que l’élite du système financier reconnaisse ses limites. Le populisme se nourrit des fausses promesses des dirigeants. Les acteurs économiques prennent par contre l’initiative s’ils obtiennent une réelle marge de manœuvre. Cela signifie tourner le dos à 30 années d’interventionnisme et de contrôles. La tâche est énorme: «Le droit a été réduit à son expression légale, à la volonté souveraine plutôt qu’à l’expression des rapports naturels des hommes», explique Jean-Philippe Delsol, dans «L’injustice fiscale ou l’abus de bien commun» (Edition Desclée de Brouwer, 332 pages, 2016).

Le président de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF) nous offre ses réflexions sur cette nécessaire remise en question. L’impôt peut-il être juste? Faut-il repenser les biens communs? Un salutaire retour aux sources.

Un totalitarisme doux

L’avocat reconnaît que peu à peu «la loi a pris la place de la responsabilité». Il est temps de libérer les énergies. La France est «gangrenée par le doux poison de l’État-providence», dit-il. L’observation est valable en Suisse. L’État-providence est «un totalitarisme doux et d’autant plus acceptable par la masse de ceux auxquels il est inoculé qu’il leur offre les facilités d’une vie assistée, débarrassée du souci d’y penser pour ne pas dire de penser», écrit-il fortement justement. L’envol de l’endettement montre que ce système ne fonctionne pas. En France, on travaille pour l’Etat jusqu’au 27 juillet, lequel a été baptisé de jour de libération fiscale. Cette mesure de privation de liberté est «un indice d’enfermement social», ajoute l’auteur. Son impact est moral: «L’État-providence ne lutte pas contre l’égoïsme, mais le favorise en devenant une source à exploiter», rappelle-t-il. Angela Merkel a coutume de déplorer que l’Europe représente 7% de la population mondiale, 20% de la production et 50% des dépenses sociales.

La liberté doit être redonnée à l’individu. L’Occident est malade de sa paranoïa étatique. Il faut «redonner à chacun l’envie, l’espoir et la fierté d’améliorer son sort par lui-même», confirme Delsol. Pour passer d’une société d’assistance à une société responsable, l’État doit absolument se désengager et réduire la charge fiscale. Montesquieu ne s’y est pas trompé: «Il ne faut point prendre au peuple sur ses besoins réels, pour des besoins de l’État imaginaires».

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