Transferts

Les millions chinois pleuvent sur le football européen

Durant le mercato hivernal, les clubs de l’Empire du Milieu ont investi 259 millions d’euros en achat de joueurs. Davantage que la dépensière Premier League anglaise. Et ce n’est peut-être pas fini

Jackpot pour le Shakhtar. Le club ukrainien de Donetsk a annoncé vendredi la vente d’Alex Teixeira pour 50 millions d’euros. Mais non, l’attaquant brésilien de 26 ans ne foulera pas les pelouses anglaises, ce printemps. Son nouveau propriétaire n’est pas Manchester City, ni le voisin United, ni Chelsea, ni Arsenal. C’est le Jiangsu Suning, 9e de la dernière Chinese Super League.

Le club de Nankin, à 300 km à l’ouest de Shanghai, bat ainsi le précédent record national. Un record qui ne date pas d’hier, mais presque. Mercredi, le Guangzhou Evergrande, quintuple champion en titre, a dépensé 42 millions d’euros pour le Colombien de l’Atletico Madrid, Jackson Martinez. Quelques jours plus tôt, le Jiangsu Suning, encore lui, a versé 30 millions à Chelsea pour son milieu Ramires. Un transfert qui a succédé à celui de Gervinho (AS Roma) vers le Hebei China Fortune pour 18 millions et à celui de Guarin (Inter Milan) vers le Shanghai Shenhua pour 13 millions.

Entre le Botswana et les îles Féroé

Ce qui n’était jusqu’ici qu’une tendance perceptible aux yeux des initiés éclate au grand jour: grâce à l’appui de multimillionnaires ou de multinationales – le géant du e-commerce Alibaba possède par exemple 38% du Guangzhou Evergrande, le football chinois veut se faire une place parmi les grands.

Les dépenses de l’Empire du Milieu n’ont d’ailleurs pas pour seul but de faire évoluer des stars dans un championnat au niveau discutable – l’équipe nationale pointe au 93e rang mondial, entre le Botswana et les îles Féroé. La Chine investit aussi dans les coulisses. La dernière opération en date concerne la 2e division portugaise, mais elle est fortement contestée parce qu’elle obligera les clubs à faire jouer des Chinois dans leurs rangs.

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Il y a quelques semaines, Citic et le fonds China Media Capital ont racheté 13% de la holding qui possède Manchester City. L’an dernier, le groupe Wanda, actif notamment dans l’immobilier, s’est lui offert une part du capital de l’Atletico Madrid. En France, le FC Sochaux, propriété historique du fleuron national Peugeot, est désormais en mains de Ledus, le géant du LED.

Jusqu’à la Coupe du monde

Ces dépenses chinoises détonnent d’autant plus qu’elles interviennent dans un climat particulièrement calme. Selon les données de FIFA TMS citée par Les Echos, le total des sommes investies dans les transferts internationaux par les clubs des cinq grands championnats européens – Angleterre, Espagne, Allemagne, France, Italie – a chuté de 30%, à 336 millions de dollars, par rapport à l’hiver 2014-2015. Selon d’autres statistiques publiées par Transfermarkt, qui, elles, incluent les transferts nationaux, les Chinois ont investi 259 millions durant l’hiver, contre «seulement» 247 millions pour la Premier League.

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Si le mercato européen s’est terminé cette semaine, il court jusqu’à fin février en Chine. Les emplettes pourraient donc ne pas être terminées – l’Argentin du Paris Saint-Germain, Ezequiel Lavezzi, serait sur les tablettes du Shanghai Shenhua, l’Ivoirien de Manchester City, Yaya Touré, sur celles du Jiangsu Suning.

A plus long terme, les ambitions footballistiques de la deuxième puissance économique mondiale ne devraient pas fléchir. Sous l’impulsion du président, Xi Jinping, supporter assumé de Manchester United, un gigantesque plan national de développement a été mis en place. L’objectif ultime, c’est que la Chine accueille un jour la Coupe du monde. Seul bémol, un tel privilège ne s’achète pas. Jusqu’à preuve du contraire.

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