Matières premières

Mines d’or: la Suisse accusée de grave négligence

Deux œuvres d’entraide dénoncent le rôle d’entreprises suisses dans l’extraction du métal jaune, en particulier au Burkina Faso, sans respect des droits humains

Les organisations d’entraide Pain pour le prochain et Action de Carême dénoncent l’absence d’obligation de diligence et le manque de responsabilités des multinationales suisses dans leurs actions directes et indirectes d’extraction de matières premières.

Elles ont présenté lundi à Berne une étude de cas, celle des mines d’or au Burkina Faso, où sont impliquées au moins deux sociétés suisses Metalor, entreprise de raffinage basée à Neuchâtel, et PAMP (Produits artistiques métaux précieux), située au Tessin.

L’enquête de terrain sur les problèmes de déplacement de villages, d’indemnisations des paysans, et d’accaparement de l’eau, suite à l’ouverture des mines a été menée par des organisations partenaires locales. L’étude est aussi basée sur des documents du réseau Food first information and action netwoork (FIAN) spécialisé dans la défense des droits humains.

«Depuis 2008, l’exploitation des mines d’Essakane et de Bissa a provoqué le déplacement de plus de 14 000 personnes, dénonce Doro Winkler, d’Action de Carême. Ces personnes ont perdu leurs terres et leurs habitations traditionnelles. En compensation, elles reçoivent des terres plus petites et le plus souvent arides. L’approvisionnement en eau est devenu précaire».

Selon les organisations d’entraide ces violations des droits humains se produisent en raison d’un vide juridique en droit suisse. Le devoir de diligence des entreprises est limité au risque de blanchiment d’argent. La loi oblige aussi à garantir la qualité de l’or et à prévenir l’importation de contrefaçons, mais ne prend pas en considération les droits humains, et la protection de l’environnement selon les normes des pays développés.

L’une des trois mines mentionnées dans l’étude n’est plus en activité. «L’exploitant a détruit des champs pour construire une route d’accès. Et aujourd’hui personne n’est responsable de remettre le terrain en état et de restituer leurs terres aux paysans», explique Barthélemy Sam, économiste et coordinateur de projets de développement au Burkina Faso.

Selon les organisations d’entraide, la responsabilité de la Suisse est directement impliquée car elle importe chaque année entre 65 et 110 milliards de francs d’or et raffine 70% de la production d’or mondiale avec une capacité industrielle estimée à 2900 tonnes par an.

Metalor, qui s’approvisionne à la mine d’Essakane, au nord du Burkina Faso, gérée par le groupe canadien Iamgold, nie, par communiqué de presse, les accusations des œuvres d’entraide. «Le rapport déforme la réalité et associe automatiquement extraction minière et violation des droits humains, indique le groupe neuchâtelois. Metalor continuera à agir de manière responsable avec les compagnies minières en respectant les droits humains».

Iamgold indique que la mine fournit 2214 emplois dont 31% provenant des villages environnants et a versé l’équivalent de quelque 380 millions de francs suisses sous forme d’impôts entre 2011 et 2015. Les programmes sociaux et de développement se montent à 750 000 francs suisses.

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