Formation

Les secrets des bons orateurs

L’intérêt d’un auditoire est directement proportionnel au degré de préparation de l’orateur. Les cadres dirigeants qui soignent leur prise de parole en public restent une minorité

Le charisme oratoire est-il une caractéristique innée ou une qualité qui s’acquiert? Pour Nancy Duarte, auteure du livre Vibrations, ce charme magnétique qui exerce une fascination sur les foules est avant tout «le fruit de longues heures passées à réfléchir à la meilleure manière de construire un message qui résonne profondément avec le public.»

Les dirigeants à consacrer du temps à la préparation de leurs présentations sont une minorité. Lors d’une enquête effectuée par l’institut de sondages Distinction Communication, plus de 86% des cadres interrogés ont affirmé que leur capacité à communiquer clairement influençait leur carrière et leurs revenus. Paradoxalement, ils n’étaient qu’un quart à consacrer plus de deux heures à la préparation de présentations d’importance décisive. Cette négligence n’est pas sans conséquences sur la bonne santé des entreprises. En effet, pour rester dans la course, celles-ci doivent non seulement innover en permanence mais aussi établir, à chaque nouvelle étape, une communication claire et percutante vis-à-vis de leurs clients et principaux acteurs. Or, de nombreuses présentations, parce qu’elles se limitent à transmettre des informations, ressemblent à des rapports assommants. D’autres sont entachées de nombrilisme («mon produit est le meilleur», «mes partenaires sont top», «ma capitalisation boursière est énorme» etc.), ce qui provoque le désintérêt des auditeurs.

Une histoire pour faire naître une émotion

Comment éviter ces écueils? Un message persuasif et viral est avant tout un message qui éveille des émotions, répond Dr. Branka Zei Pollermann, directrice de l’institut de formation et de recherche Vox Institute, sis à Genève. Au 19ème siècle, Maupassant exprimait déjà cette idée en ces termes: «en somme, le public est composé de groupes nombreux qui nous crient: consolez-moi, amusez-moi, attristez-moi, attendrissez-moi, faites-moi rêver, faites-moi rire, faites-moi frémir, faites-moi pleurer, faites-moi penser.»

Comment faire naître une émotion? Pour Nancy Duarte, il suffit de savoir raconter une histoire. «Depuis la première veillée autour du feu, les êtres humains ont eu recours aux histoires pour créer des liens émotionnels». Un orateur charismatique serait donc avant tout un conteur hors pair qui captive son public grâce à des mécanismes narratifs universels que l’on retrouve dans les contes, les grandes épopées mythologiques mais aussi les scénarii à succès. En effet, qu’il s’agisse de Cendrillon, de l’Iliade ou d’Avatar, les histoires marquantes suivent toutes le même schéma narratif: un héros sympathique et familier rencontre des obstacles, les surmonte et en ressort transformé.

Votre public est le héros sympathique mais imparfait de votre présentation

Les discours captivants utilisent la force d’inspiration des mythes et du cinéma de plusieurs manières. «Votre public est le héros sympathique mais imparfait de votre présentation, note Nancy Duarte. Celle-ci doit le guider à travers un périple lors duquel il apprend des compétences, reçoit des conseils et modifie son point de vue.» L’auteure cite le cas de Steve Jobs qui n’avait pas son pareil pour allécher l’auditoire en créant du suspense et des mises en scènes mémorables. D’aucuns se souviennent encore de la présentation du MacBook Air que le directeur-général d’Apple sorti d’une enveloppe. Quant au lancement de l’iPhone lors du MacWorld 2007, il est devenu un cas d’école: «Toutes les trente secondes environ, (Steve Jobs) montre une nouvelle fonction en se plaçant dans la situation d’un utilisateur réel. Il appelle un collègue pendant qu’un autre l’appelle; il vérifie sa messagerie vocale visuelle et montre un message d’Al Gore le félicitant du lancement; il appelle Starbucks pour commander quatre mille cafés au lait à emporter. Il accomplit au total quarante-sept tâches différentes, ce qui rend la démonstration absolument passionnante.» Mais l’entrepreneur ne s’arrêtait pas là. Branka Zei Pollermann note qu’à la fin de ses présentations, il parlait toujours de l’avenir. Il rappelait ainsi à ses auditeurs que la tradition d’Apple était de sortir des produits révolutionnaires et leur assurait que l’iPhone ne serait pas le dernier. «Sa conclusion laissait toujours présager un nouveau commencement.»

Mettre les auditeurs au cœur de l’action

Un bon orateur place par ailleurs ses auditeurs au cœur de l’action et fait en sorte qu’ils sentent que la présentation leur est personnellement adressée. La première phrase prononcée par Steve Jobs lors de son célèbre discours à Stanford le 12 juin 2005 – «c’est un honneur pour moi d’être aujourd’hui avec vous» – illustre bien ce point. «Il établit avant toute chose un contact direct avec son public, «moi et vous», analyse Branka Zei Pollermann. Puis il procède à une accroche temporelle: «aujourd’hui». La suite de son discours observe toutes les techniques de rhétoriques enseignées par Aristote il y a 2500 ans.» Pour créer du pathos, Steve Jobs a notamment recours à l’anaphore. Comme autrefois Martin Luther King et son mémorable «I have a dream» ou Obama et son «Yes we can», Steve Jobs répète plusieurs fois «Stay hungry, stay foolish».

Autre aspect clé de la rhétorique: la voix, puissant instrument de persuasion et de leadership s’il en est. «Le récepteur d’un message manifeste par exemple plus souvent son accord non verbal avec le locuteur quand ce dernier termine ses phrases sur un ton descendant», note Branka Zei Pollermann. Un orateur emportera également plus facilement l’adhésion de son public s’il a une voix grave. «Une voix aigüe, parce qu’elle est synonyme de soumission ou d’appel à l’aide, a peu de crédibilité. Margaret Thatcher en était consciente lorsqu’elle a fait appel à un coach vocal pour baisser sa voix de 40 hertz.»

L’institut Vox Institute effectue les Audits de l’expression orale à l’aide d’analyses acoustiques informatisées. Les résultats (hauteur de la voix, volume, étendue-hauteur, modulation ainsi que débit, et fluidité) sont par la suite comparés avec les valeurs de référence choisies en fonction du but du discours et du contexte. Cinq séances de 1h 30 avec un coach vocal suffisent à corriger les problèmes diagnostiqués dans l’Audit. Enfin, grâce à l’appareil Reflect Table qui quantifie et visualise le niveau d’implication émotionnelle pendant le discours, il est possible d’ajuster son style vocal et d’augmenter l’efficacité de la communication.


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