Transport

Les taxis genevois préparent une nouvelle grève générale

Les bonbonnes jaunes et bleues, qui prévoient de bloquer les rues de Genève la semaine prochaine, attaquent aussi l’Etat en dommages et intérêts. Les milieux professionnels traditionnels de toute la Suisse descendront à Berne la semaine suivante

Rien ne va plus entre les taxis genevois et l’Etat. Depuis le rejet, début janvier par le Tribunal fédéral, du recours d’Uber sur l’effet suspensif d’une interdiction d’exercer ses activités à Genève, le ton entre les milieux professionnels traditionnels et les autorités n’a cessé de monter. Au point de décider les bonbonnes jaunes et bleues de reprendre le sentier de la guerre. Réunis la semaine dernière en assemblée générale, ces derniers ont voté une grève générale. Selon nos informations, une opération escargot massive à Genève est prévue le lundi 22 février. Une date toutefois encore à confirmer, les taxis n'ayant pas effectué de demande pour manifester - et par conséquent amendables par la police - espèrent jouer sur l'effet de surprise.

Le dernier mouvement de colère d’envergure date de décembre 2015. Pourquoi cette récidive? Les taxis accusent à présent l’Etat de copinage avec Uber. Sommée de cesser ses activités en mars dernier, la société californienne a fait appel contre cette décision devant le Tribunal administratif genevois, assortissant sa démarche d’un recours devant Mon-Repos pour demander l’effet suspensif de cette interdiction prononcée par le Service du commerce (Scom). Mais la plus haute instance judiciaire a refusé le mois dernier d’entrer en matière sur cette requête. Une décision sur la forme, que les taxis interprètent comme une confirmation de l’illégalité pure et simple d’Uber.

De son côté, le Scom considère au contraire que la start-up américaine s’est depuis mise en règles. Dans ses échanges épistolaires houleux de ces dernières semaines avec les taxis, l’Etat précise en effet que sa sommation visait une offre spécifique d’Uber, soit l’utilisation de chauffeurs en possession de bonbonnes jaunes ou bleues, entraînant l’obligation d’obtenir une autorisation d’exploiter une centrale de courses. Pour le Scom, il n’a jamais été question d’une interdiction absolue, estimant qu’une autre forme de service pouvait être potentiellement admise (chauffeurs de limousines). Raison pour laquelle les autorités n’ont pas réagi suite à l’arrêt du Tribunal fédéral, préconisant plutôt de patienter jusqu’à ce que la justice genevoise se prononce sur le fond.

Une salve en deux temps

«Faux», répond l'avocat des taxis Jacques Roulet, lequel indique avoir analysé les termes exacts de l’interdiction initiale. Pour lui, l’injonction cantonale portait bel et bien sur toute activité d’Uber, quelle qu’elle soit. «Les autorités, manifestement de connivence avec Uber, s’assoient clairement sur la loi, dénonce Jacques Roulet. C’est du pur opportunisme politique [ndlr: un projet législatif, surnommé «lex Uber», est actuellement entre les mains des députés genevois], qui s’inscrit en rupture grave avec le respect de l’Etat de droit.»

Appelant à ce que la décision des juges fédéraux soit respectée et mise en application immédiatement, les milieux professionnels traditionnels à Genève ont engagé des mesures en deux temps. Ils – quelque 300 chauffeurs, plus exactement – ont d’abord porté plainte pénale contre Uber vendredi dernier. Leur avocat a aussi signifié, mercredi par lettre, aux autorités son intention de les rechercher solidairement avec Uber en responsabilité, du fait des gains perdus. Traduction: les taxis, qui évoquent une chute de quelque 40% de leur chiffre d’affaires depuis l’arrivée du nouveau concurrent venu d’outre-Atlantique, exigent à présent du canton de Genève qu’il compense leur manque à gagner. «Il n’y a pas lieu de porter plainte pénale contre Monsieur Maudet, relève Jacques Roulet. Mais vu que l’Exécutif genevois viole la loi sur les responsabilités de l’Etat et des communes, nous avons décidé d’attaquer sur le plan civil.»

La guerre anti-Uber se nationalise

Les taxis ont ainsi mis en demeure le Scom de «faire respecter l’arrêt du Tribunal fédéral de janvier dernier». Ultimatum très mal accueilli par les autorités qui, par ailleurs, disent déplorer les méthode des taxis, à savoir: une «attitude non constructive mais oppositionnelle et de blocage», uniquement propre à ternir encore davantage l’image de Genève et de leur profession.

Mais la grogne anti-Uber semble avoir depuis dépassé les frontières lémaniques, pour se nationaliser. Certainement inspirés des mouvements de contestation en France et, plus récemment, en Grande-Bretagne, les taxis de toute la Suisse se sont donnés rendez-vous, lundi 29 février à Berne, pour dénoncer la concurrence jugée déloyale de la start-up américaine. Selon le dernier pointage (14 février) des bonbonnes genevoises, sur les quelque 200 plaques d’immatriculation attribuées à Uber sur leur territoire – la société californienne a pour principe de ne jamais divulguer le nombre de ses chauffeurs –, seules 16 étaient locales. Dans leur majorité, les voitures Uber du bout du lac seraient en grande majorité vaudoises (156), mais aussi valaisannes, tessinoises, schwytzois, bernoises, neuchâtelois, fribourgeoises, zurichoises, françaises et même espagnoles.


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