Polémique

Le FBI fixe un ultimatum à Apple

Le Bureau fédéral d'enquête (FBI) fixe désormais à vendredi 26 février le délai pour qu'Apple lui permette d'accéder à l'iPhone du responsable de la tuerie de San Bernardino, en Californie. En Suisse, la justice fait face aux mêmes problèmes.

Le bras de fer entre le Bureau fédéral d’enquête (FBI) et Apple se poursuit. Vendredi, plusieurs médias américains affirmaient que les autorités avaient fixé un nouvel ultimatum à la marque à la pomme. Ce sera d’ici vendredi prochain, 26 février, que la firme de Tim Cook devra plier à ses injonctions et lui donner accès à l’iPhone de l’un des responsables de la tuerie de San Bernardino. Le modèle 5C de Syed Rizwan Farook est depuis cette semaine au cœur d’une vaste polémique. Le FBI ne parvient toujours pas à lire le contenu de ce smartphone, susceptible de livrer de précieux renseignements sur la tuerie qui avait causé, le deux décembre dernier, la mort de quatorze personnes.

En Suisse aussi, la justice fait parfois face à un mur. «Il arrive que nous soyons confrontés à un smartphone dont les données demeurent inaccessibles, explique Laurent Maye, procureur au sein du Ministère public vaudois. Ce n’est pas nouveau, il y a eu plusieurs cas de ce type ces dernières années. Nous n’avons ni les moyens techniques du FBI, ni ses moyens de pression. Du coup, nous devons trouver d’autres voies pour mener nos enquêtes». Selon le procureur, cette situation n’est pas forcément critique: «Nous ne savons bien sûr pas quelles informations, enregistrées dans ces smartphones, nous font défaut. Et dans leur grande majorité, les prévenus coopèrent et nous fournissent les codes pour accéder à la mémoire de leur téléphone».

Lire l'éditorial : Apple contre le FBI ou la démocratie?

Risque d’effacement des données

Une collaboration de ce type est bien sûr exclue dans l’affaire californienne, Syed Rizwan Farook ayant été tué par la police américaine. Le FBI fait donc face à un iPhone dont elle ne peut lire le contenu, la dernière version de son système d’exploitation bloquant totalement son accès à des tiers. La police pourrait entrer plusieurs mots de passe, mais le risque de voir les données de l'iPhone s'effacer après dix tentatives est jugé très important. Il pourrait être possible de tester toutes les combinaisons, mais le processus, sans garantie que le téléphone ne se réinitialise, pourrait durer plus de cinq ans. Du coup, la police demande à Apple de lui fournir un outil pour outrepasser cette protection, afin de tester les codes un nombre illimité de fois, jusqu’à trouver la bonne combinaison.

Si Apple refuse, c’est qu’il craint un «abus de pouvoir de la part du gouvernement des Etats-Unis», selon les mots de Tim Cook, directeur de la société. Selon lui, «le gouvernement suggère que cet outil pourrait n’être utilisé qu’une seule fois, sur un seul téléphone. C’est tout simplement faux. Une fois créée, cette technique pourrait être utilisée encore et encore». Tim Cook a reçu un large soutien des géants de la Silicon Valley, de Jan Koum, directeur de Whatsapp («Nous ne devons pas laisser se produire ce précédent») à Jack Dorsey, directeur de Twitter («Je remercie Tim Cook pour son rôle de leader») à Sundar Pichai, directeur de Google, qui a lui aussi craint que le FBI ne crée un précédent. Fait extrêmement rare, Apple a aussi reçu le soutien d’organisation de défenses des internautes et de leurs libertés.

Risques commerciaux

Comme Google, Apple se plie régulièrement aux demandes de la justice pour accéder à des informations situées sur ses serveurs informatiques. Mais pas sur les appareils en eux-mêmes, dotés de protection de plus en plus sophistiquées. Dans le cas de cet iPhone 5C, la copie des données vers les serveurs d’Apple avait été désactivée six semaines avant le 2 décembre.

Avec sa stratégie, Tim Cook pourrait avoir quelques idées derrière la tête et certains estiment que l’opération pourrait avoir des retombées commerciales. «L’iPhone est considéré comme le meilleur smartphone pour la sécurité, estimait cette semaine un analyste de Gartner, cité par Wired. Je ne suis pas sûr que la position d’Apple fasse évoluer ses ventes en entreprise, mais tout ce qu’ils feront pour réduire la sécurité sera vu de manière négative». Jeu à double tranchant pour Apple, donc, qui risquerait de voir son image écornée en cas de compromis jugé défavorable, la semaine prochaine, avec le FBI.

L’autre enjeu commercial est lié à la Chine, deuxième marché pour l’iPhone après les Etats-Unis et qui représente un cinquième de son chiffre d’affaires. Si Apple devait céder face au FBI, cela aura des conséquences. «Cela pourrait ébranler la vie privée à l’étranger et si l’administration (ndlr: américaine) pense que ce possible précédent ne sera pas utilisé en Chine, en Russie ou ailleurs, elle fait une grosse erreur», selon Nicholas Weaver, un chercheur à l’International Computer Science Institute de Berkeley.


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