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Brave, le navigateur qui veut nettoyer le Net

Publicités, cookies, mouchards: le cofondateur de Firefox propose un navigateur qui déshabille les pages web de tout le superflu et garantirait vitesse et respect des données privées

Qui n’a jamais pesté devant le chargement poussif d’une page web récalcitrante? Un fléau numérique qui s’explique par la tendance à l’embonpoint des données nécessaires à l’affichage des sites internet. Une bonne part de ces données sont pourtant inutiles à proprement parler: il s’agit souvent de publicités, cookies et autres mouchards placés dans le code de chaque page, à des fins de marketing (pour vendre des produits ou pister le comportement des internautes).

Fin de la récréation

Mais Brave pourrait bien siffler la fin de la récréation. Ce nouveau navigateur indique ne télécharger que les données strictement nécessaires à l’affichage du contenu de la page, et rien d’autre. Exit donc, publicités et consorts, place à la vitesse. «Une page web se charge tellement plus vite lorsqu’on en retire le superflu», affirment ses concepteurs. Ces derniers ne sont pas nés de la dernière pluie: l’équipe derrière Brave est dirigée par Brendan Eich, créateur du JavaScript, un des langages informatiques les plus répandus dans le web, mais aussi et surtout et cofondateur de la fondation Mozilla, maison mère de Firefox.

Disponible depuis quelques semaines en version alpha sous Windows (PC), OS X (Mac), iOS (iPhone) et les téléphones sous Android, Brave dispose de quelques atouts qui pourraient bien lui faire une place dans l’univers très compétitif des navigateurs. Et pour y parvenir, Brave mise donc sur sa vitesse: le navigateur à tête de lion serait jusqu’à 4 fois plus véloce que ses concurrents sur mobile (40% sur un ordinateur de bureau), d’après Brendan Eich.

Et dans les faits? Testé quelque temps par nos soins, Brave se montre, il est vrai, d’une rapidité étourdissante. Les pages se chargent en un clin d’œil. Malgré la présence de bugs (version test oblige), le confort de lecture est indéniable: les emplacements publicitaires soit disparaissent, soit sont remplacés par de petits messages indiquant que «des publicités plus sûres et plus rapides s’afficheront bientôt ici».

A gauche, le site Ars Technica avec les pubs. A droite, la même page vue par Brave. Captures d'écran

Publicités «vertueuses»

C’est là une différence majeure avec les autres bloqueurs de publicité: plutôt que de fermer les vannes, Brave vise, à terme, l’intégration de publicités jugées «vertueuses». Les contours de ce programme sont encore flous, mais Brendan Eich les a déjà esquissés. D’un clic, on pourra autoriser l’affichage des publicités, à condition qu’elles ne ralentissent pas la navigation. Le revenu ainsi généré sera partagé entre l’éditeur du site visité et l’équipe de Brave. Mieux, il sera bientôt possible d’effectuer des paiements directs auprès des sites que l’on désire aider financièrement.

Quoique plus transparente, cette stratégie n’est pas sans rappeler celle d’Adblock, un des plus célèbres bloqueurs de publicité, qui a adopté suite à son rachat fin 2015 un programme de publicités jugées acceptables. Mais le but de Brave, assure Brendan Eich, n’est pas de mettre à mal cette source de revenus, mais plutôt d’engager internautes et éditeurs dans une démarche responsable ou chacun y trouve son compte: aux premiers le contrôle de leur écran et de leur vie privée, aux seconds les revenus.

Comparé aux navigateurs récents (Vivaldi ou Edge de Microsoft), Brave propose donc une approche inédite. Une inconnue demeure: comment Google, première régie publicitaire au monde, va-t-il réagir face à cet inopportun qui veut le priver d’une partie de ses revenus? On le sait, la firme de Mountain View n’aime pas vraiment les bloqueurs de publicité. En témoigne l’éviction récente d’Adblock Fast de Google Play, la boutique d’application Android. Sa riposte sera donc attentivement scrutée… à condition que le lion passe la plus difficile épreuve pour un navigateur: vaincre la force de l’habitude des internautes, pour qui changer de routine relève de l’exploit.


Editeurs et régies publicitaires préparent la riposte

Face aux bloqueurs de publicité, les éditeurs de contenu et les régies publicitaires ne comptent pas attendre les bras croisés. C’est que le manque à gagner n’est pas anodin: il serait de 21,8 milliards de dollars chaque année, selon un rapport – sans doute exagéré – publié par PageFair et Adobe. Mais comment agir face aux quelque 200 millions d’internautes qui bloqueraient les pubs?

Certains sites refusent carrément l’accès en cas de détection d’un bloqueur. D’autres ont une approche plus nuancée. Ceux qui ont tenté d’accéder au célèbre site du magazine américain Forbes en ont déjà fait l’expérience: l’accès est refusé si un bloqueur est détecté, mais un contenu publicitaire allégé est proposé en contrepartie (sans pub vidéo entre deux paragraphes par exemple) si l’internaute obtempère.

Une autre stratégie repose sur le «native advertising», autrement dit la production de contenu (texte, vidéo) publicitaire pour présenter des produits. Mais ce mélange des genres pas toujours clair n’est guère apprécié des journalistes… et encore moins des lecteurs. La guerre de la pub ne fait que commencer.

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