Réserves

Pourquoi le Venezuela brade-t-il discrètement une partie de son or en Suisse?

36 tonnes de métal jaune vénézuélien sont arrivées en Suisse au mois de janvier. Confronté à des difficultés économiques sans précédent, le pays d’Amérique Latine pourrait être forcé de puiser dans ses réserves

Le Venezuela traverse des moments difficiles. Son économie s’est contractée de 5,7% en 2015 et l’inflation pourrait atteindre 720% cette année selon les prévisions du FMI. En cause? La chute des prix du pétrole dont le pays tire 96% de ses revenus.

Pour faire face à cette situation, le président Nicolas Maduro a pris plusieurs mesures ces dernières semaines: hausse des prix des produits de première nécessité, dévaluation de la monnaie, nomination d’un nouveau gouvernement. Celui qui a succédé à Hugo Chavez en 2013 s’est même résolu à augmenter les prix de l’essence il y a une quinzaine de jours. Une première depuis 1989.

Ces mesures ne devraient toutefois pas permettre au pays de rembourser ses dettes qui arrivent à échéance, dont 10 milliards de dollars rien que pour 2016. D’autant que les réserves de la Banque centrale ont fondu de moitié depuis 2012 et ne s’élèvent plus qu’à 15 milliards de dollars. Les économistes sont ainsi nombreux a estimé que le Venezuela se retrouvera en situation de défaut de paiement cette année.

Dans ce contexte, Caracas a entrepris de puiser dans ses réserves d’or qui représentent, à elles seules, deux tiers des réserves de la Banque du Venezuela. Comme l’ont révélé des blogs spécialisés la semaine dernière (Bullionstar.com, Goldreporter.de), et comme le confirment les statistiques de l’Administration des douanes, 35,8 tonnes d’or sont arrivés en Suisse au mois de janvier en provenance du Venezuela. Soit l’équivalent de 1,27 milliard de francs.

Refaire de nouveaux lingots

Le fait que l’or vénézuélien atterrisse en Suisse n’étonne en rien les spécialistes. Chaque année, en effet, plusieurs milliers de tonnes transitent par ses raffineries, notamment au Tessin. Des raffineries qui comptent parmi les plus réputées au monde lorsqu’il s’agit de certifier de l’or de qualité. Selon un responsable de l’une d’entre elles, qui préfère rester anonyme, le Venezuela pourrait avoir envoyé son or en Suisse dans le but de le faire refondre dans de nouveaux lingots certifiés. Et donc plus facile à revendre. «L’or c’est comme les billets de banque, explique ce dernier. Parfois leur qualité se dégrade si bien qu’il faut en refaire de nouveaux.»

Selon Jean-François Faure, patron du site aucoffre.com et spécialiste du marché de l’or, l’importation de 35,8 tonnes de métal jaune pourrait également être le résultat d’un accord de «swap» passé entre le Venezuela et une banque en Suisse. Ces contrats, généralement négociés de gré à gré (et donc sous les radars), permettent à un pays d’emprunter de l’argent en mettant de l’or en gage. Et donc de récupérer cet or une fois le crédit remboursé. Caracas a déjà eu recours à ce type de contrats à plusieurs reprises ces dernières années, notamment avec des banques suisses selon Reuters. «On sait qu’une obligation d’État arrive à échéance à la fin du mois de février pour une valeur de 1,5 milliard de dollars, poursuit Jean-François Faure. Or, au prix actuel de l’once sur les marchés internationaux, cette somme correspondrait justement plus ou moins à 36 tonnes d’or.»

Dans le cadre d’un contrat de swap l’or ne doit toutefois pas nécessairement être déplacé physiquement. C’est aux parties à l’accord d’en décider. Mais au vu des difficultés économiques actuelles du Venezuela, Jean-François Faure est d’avis que l’autre contrepartie a de bonnes raisons de ne prendre aucun risque. «Rien que l’année passée 61 tonnes ont «disparu» des inventaires vénézuéliens, explique-t-il. Le laisser physiquement dans les coffres de la Banque centrale semble donc être particulièrement risqué.»

Reste une dernière option enfin: celle d’une vente pure et simple de 36 tonnes d’or vénézuélien à un acheteur en Suisse. Cela voudrait donc dire que Nicolas Maduro s’est donc résolu de vendre une partie des réserves qu’Hugo Chavez s’était évertué à faire revenir au pays en 2011. Il s’agissait alors pour lui d’éloigner son pays de «la dictature du dollar». Une époque où l’once valait 1900 dollars. Contre un peu plus de 1200 dollars aujourd’hui.


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