Analyse

Faut-il craindre la récession?

A croire les marchés en début d’année, une catastrophe nous attendait. Puis, les investisseurs ont changé d’avis. Pour combien de temps?

Celui qui prendrait les marchés comme une boussole serait plutôt perdu. Cette année encore plus que les autres. A les observer au cours des six premières semaines de l’année, on aurait pu penser que 2016 serait tout simplement une année à oublier. Les deux premiers mois de l’année ont été parmi les plus catastrophiques de l’histoire des bourses. Banques en tête, toutes les places financières d’Europe, d’Amérique du Nord, mais aussi des marchés émergents, ont plongé.

Y a-t-il même eu un événement spécifique, poussant les investisseurs à se retirer? Même pas. En toile de fond, il y a la Chine, qui inquiète. L’été dernier, les soubresauts de la bourse de Shanghai et celle de Hongkong ont eu bien quelques répercussions en Occident. C’est d’ailleurs une des raisons qui a poussé la Réserve fédérale américaine à remettre sa hausse des taux d’intérêt de septembre à décembre.

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Ce n’est pas tant que la situation chinoise se soit fondamentalement dégradée au cours des six derniers mois. Mais plutôt la perception qu’en ont les investisseurs. Tout d’un coup, ces inquiétudes sur le ralentissement chinois et leurs répercussions sur le reste du monde sont devenues la préoccupation première. Ajoutées à la chute qui apparaissait sans fin du prix du pétrole et qui commence à avoir plus d’effets pervers pour les producteurs que de bénéfices pour les consommateurs, c’est désormais toute l’économie mondiale qui a tourmenté les observateurs. D’autant que les Etats-Unis, qui semblaient être le pilier de la croissance mondiale, ont montré des signes d’essoufflement.

Puis, depuis deux semaines, la situation s’est renversée. Les marchés ont suivi la reprise du pétrole, qui frôle désormais les 40 dollars. Comme les investisseurs ont finalement relativisé leurs craintes de récession mondiale, quelques mouvements spectaculaires ont même eu lieu. Lundi, par exemple, le prix du minerai de fer a tout simplement bondi de près de 20%, les investisseurs anticipant un retour de la demande.

Quelles mesures pour relancer la croissance?

Que faut-il penser? Récession ou non? Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance de 3,4% pour cette année. Il faut que la progression du PIB global soit inférieure à 3% pour que l’on parle de «récession» mondiale, le pire serait donc évité. Pourtant, rien n’est sûr: le FMI n’a pas réévalué sa prévision, annoncée en janvier, mais il a prévenu que les turbulences sur les marchés ont déjà un impact sur l’économie réelle.

L’institution incite donc à prendre des mesures. Le FMI a profité de l’attention centrée sur la rencontre des ministres des Finances et des banquiers centraux des pays du G20 le week-end dernier pour lancer un appel. Selon un rapport publié par l’institution basée à Washington, les responsables politiques doivent «agir». Agir? Poursuivre les mesures pour relancer la croissance, mais aussi envisager des mesures de relance budgétaire. En outre, le FMI incite les gouvernements à mieux coordonner leurs actions. Dans le détail, le rapport suggère par exemple à la Fed de ne pas remonter davantage ses taux d’intérêt tant qu’elle n’observe pas de «preuves claires» de pressions sur les prix ou sur les salaires.

La Banque centrale européenne est aussi attendue au tournant. La semaine dernière, les chiffres de l’inflation ont fait état d’une nouvelle détérioration. Dans la zone euro, les prix ont reculé de 0,2% en février. Elle se réunit la semaine prochaine alors que les investisseurs attendent de nouvelles mesures, que l’institution risque bien d’annoncer sous forme d’une rallonge de son «quantitative easing» (assouplissement quantitatif, programme de rachats de titres de grande ampleur).

A moins que les marchés, rassurés sur l’état de l’économie mondiale, relâchent la pression. Dans ce cas, tout pourrait continuer jusqu’à la prochaine attaque de panique des investisseurs.

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