Innovation

Avec le nouveau casque de Samsung, la réalité virtuelle effectue un pas de géant

Samsung commercialise vendredi son casque Gear VR avec son smartphone dernier cri, le S7. L’appareil offre une bonne immersion dans la réalité virtuelle, via des vidéos, des jeux et des photos. Oculus, LG et Sony lanceront eux aussi leurs casques

L’apatosaure est paisiblement assoupi dans une clairière. Soudain, le dinosaure se réveille, s’ébroue, déploie ses 21 mètres et se dresse devant moi. Ses 30 tonnes s’approchent de moi alors que son museau me frôle. Heureusement, il s'éloigne pour brouter quelques feuilles sur un arbre avant de disparaître dans les sous-bois. Cette scène, qui aurait pu se dérouler il y a 150 millions d’années, se passe dans mon salon. Grâce au casque Gear VR (pour «virtual reality») de Samsung.

Ce vendredi, le fabricant sud-coréen lance la commercialisation de masse de son accessoire de réalité virtuelle, en l’offrant avec son smartphone dernier cri, le modèle S7. Ainsi, pour la première fois, un casque d’immersion totale sera vendu en quelques jours à des centaines de milliers d’exemplaires. Y compris en Suisse, où Swisscom l’offrira par exemple pour tout achat d’un téléphone S7. Seul, il est vendu 99 francs.

Cette année devrait ainsi être celle de la réalité virtuelle, avec le lancement de plusieurs casques ces prochaines semaines. Il y aura le modèle Oculus Rift, de Facebook, d’ici fin mars. Puis un mois plus tard le «Vive» de HTC, avant que le modèle «Playstation VR» de Sony ne soit lancé fin 2016. Samsung est ainsi l’un des premiers à se lancer. Mais Google avait réalisé, en 2015, une timide tentative avec son «Cardboard», qui s’assimilait plus à du bricolage que de la science-fiction: un pliage en carton, dans lequel s’insérait un téléphone, faisait office de casque.

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318 grammes

Avec son modèle Gear VR, Samsung va plus loin. Certes, le smartphone fait toujours office d’écran. Mais la technologie a sensiblement évolué. L’accessoire s’assimile à un casque de ski relativement léger (318 grammes). Il faut y connecter d’un clic le smartphone à l’avant. Mais pas n’importe lequel: uniquement un S6 ou un S7 de Samsung, en vente depuis ce vendredi. Il faut régler la netteté grâce à une petite mollette, qui permet d’ajuster l’espace entre le smartphone et les deux lentilles. Ensuite, compter cinq minutes pour télécharger les applications qui permettront de plonger dans la réalité virtuelle, sans compter plusieurs mises à jour.

Les technologies s’améliorent vite et constamment, donc ce casque est aujourd’hui en tout cas, une bonne expérience.

Puis démarre un petit didacticiel pour apprendre à utiliser l’accessoire: le bord droit du casque fait office de surface tactile (pas très pratique, puisque les doigts se baladent à l’aveugle), alors qu’un bouton, juste dessus, permet de revenir en arrière. «Son aspect mobile et relativement peu encombrant en fait un très bon produit. Les technologies s’améliorent vite et constamment, donc ce casque est aujourd’hui en tout cas, une bonne expérience», estime Michaël Martin, directeur technique de Apelab, qui développe séries et jeux pour la réalité virtuelle.

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Côté immersion, l’expérience n’a rien à voir avec celle du Cardboard. L’on peut voir vraiment à 360 degrés et le champ de vision de 96 degrés est agréable. A vrai dire, l’image n’est pas toujours nette, et il faut souvent réajuster le casque pour améliorer la vision. Les pixels sont un peu trop visibles. Que faire avec le casque? Rencontrer un apatosaure, certes, mais pas seulement. Samsung propose un portail donnant accès à des vidéos à 360 degrés du National Geographic, à des photos, un navigateur Internet (commandé par la voix) et des jeux vidéo.

«Loin du bricolage»

Stéphane Intissar dirige justement une société suisse, Ozwe Games, spécialisée dans les jeux vidéo immersifs. Le titre Anshar Wars 2 est d’ailleurs disponible sur le casque Gear VR. «Samsung en est déjà à sa troisième génération de casques et les progrès effectués sont importants, explique-t-il. On est très loin du bricolage du début et je pense que ce casque va séduire un marché de masse. D’ailleurs, le fait que Samsung lance une promotion en le liant avec son dernier smartphone lui donnera une immense visibilité».

Avec le casque de Samsung, vous avez une expérience immédiate, liée au téléphone, que vous pouvez utiliser presque n’importe où.

Pour le spécialiste, le consommateur n’a pas à attendre la mise sur le marché des casques haut de gamme de Sony ou Oculus: «Il y a deux marchés très différents: avec le casque de Samsung, vous avez une expérience immédiate, liée au téléphone, que vous pouvez utiliser presque n’importe où. Alors que d’autres casques, liés à un ordinateur ou une console, permettent de jouer à des jeux beaucoup plus puissants. Un exemple: vous allez jouer à Candy Crush sur votre téléphone, mais pas sur votre PC». De son côté, Michaël Martin estime que «2016 va être charnière pour le domaine de la réalité virtuelle, que ce soit à travers Oculus mais également de la part des autres constructeurs, dont certains n’ont pas encore dévoilé leurs cartes». Sa société Apelab va continuer à développer sa série animée Sequenced pour plusieurs supports de réalité virtuelle, ainsi qu’un jeu pour le futur casque de HTC.

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Aussi l’industrie du X

La réalité virtuelle intéresse de nombreuses sociétés. A commencer par Facebook, qui veut devenir la plateforme numéro un des vidéos filmées à 360 degrés et qui se visionnent le mieux dans des casques. Samsung va bientôt vendre sa propre caméra à 360 degrés, LG l’a déjà lancée.

L’industrie du X s’y met aussi. Ainsi, les studios Naughty America affirment ajouter à leur catalogue chaque semaine une à deux scènes destinées aux casques. D’ici la fin de l’année, Naughty America s’attend à ce que 10 à 20 millions d’internautes regardent des vidéos X en réalité virtuelle au moins une fois par mois. Selon l’institut financier Piper Jaffray, le X pourrait devenir à terme le troisième marché de la réalité virtuelle aux Etats-unis, derrière les jeux vidéo et le football américain.


Calendrier. Les prochains casques sur le marché

A peine le casque Gear VR de Samsung est-il sur le marché que ses concurrents vont arriver dans les magasins. Une demi-douzaine de casques de réalité virtuelle sont attendus en 2016, en voici les trois principaux:

Oculus Rift: c’est sans doute le casque le plus attendu de l’année. Développé par Oculus, société rachetée par Facebook, il se connecte à un ordinateur puissant pour faire fonctionner jeux et applications de réalité virtuelle. Les premiers tests sont élogieux. Il pourra être relié à une manette de jeu et devrait coûter environ 800 francs. Il est attendu pour fin mars.

HTC Vive: C’est aussi un casque haut-de-gamme, similaire à l’Oculus Rift. Il coûtera près de 1000 francs et devra aussi être relié à un ordinateur très puissant. Le casque intègre un capteur de position par laser et une caméra faciale. Il est attendu pour avril.

Playstation VR: On sait peu de choses du casque de Sony, qui sera connecté à sa console Playstation 4. Sans doute moins puissant que l’Oculus Rift, il devrait coûter environ 500 francs et sera vendu dans le courant de l’année.

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