EDITORIAL

Amazon, un géant sous-estimé

Le numéro un mondial du commerce en ligne se diversifie de plus en plus vite

Jeff Bezos a un petit problème. Jamais, sans doute, le fondateur et directeur d’Amazon n’atteindra la notoriété d’un Steve Jobs, d’un Mark Zuckerberg ou de Larry Page et Sergey Brin. Et pourtant. Parmi les grands innovateurs dans le domaine technologique, l’entrepreneur n’a à rougir d’aucune comparaison. Il développe, de plus en plus rapidement, un empire planétaire via des investissements colossaux en logistique. Certes, ce domaine n’a rien de glamour. On parle de flottes de Boeing 767, de cargos et de camionnettes de livraison. On est loin des smartphones dernier cri, vidéos à 360 degrés ou services high-tech développés par ses concurrents. Mais Amazon, d’apparence austère, offre trois enseignements intéressants.

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Le premier a trait au passage du monde numérique au monde physique. Parti de rien avec un petit site de e-commerce, Amazon parvient désormais à bousculer des acteurs bien établis de la distribution. Il s’érige en concurrent direct de la Poste, en France, et commence à faire trembler UPS et FedEx. Amazon fait ainsi plus fort qu’Uber, société uniquement basée sur la technologie, en attaquant des géants sur leur propre terrain, avec leurs propres armes.

Amazon parvient à être aussi agressif, deuxième enseignement, via un financement très intelligent de ses nouvelles activités. Le groupe est numéro un mondial de l’informatique en nuage («cloud computing»), via la création de dizaines de gigantesques centres de données sur la planète. Cette activité, très rentable, lui permet d’investir pour améliorer sans cesse sa chaîne logistique et augmenter ainsi ses marges. Il y a sans doute très peu d’exemple de sociétés aussi diversifiées qui subventionnent ainsi des activités sans presque aucun rapport entre elles.

Enfin, la stratégie de Jeff Bezos montre que la prise de risque paye souvent. L’on évoque régulièrement les projets futuristes de Google, que ce soit les voitures autonomes ou la diffusion d’Internet via des ballons à très haute altitude. Mais Amazon tente beaucoup plus de paris. Avec parfois des échecs, tel son smartphone. Mais aussi des réussites. Aux Etats-Unis, son haut-parleur Echo, doté de la technologie d’intelligence artificielle Alexa, permet de contrôler par la voix les lumières et radiateurs de sa maison, commander un chauffeur Uber ou encore de répondre à des questions. Amazon a aussi inventé le «Dash Button», ce petit accessoire relié à Internet qui permet par exemple, d’un clic, de commander un paquet de lessive.

Lors de la présentation du «Dash Button», le 1er avril 2015, beaucoup ont cru que Jeff Bezos leur faisait un gag. Mais lorsqu’il s’agit d’innover, l’homme fort d’Amazon ne plaisante pas.

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