Gestion de fortune

Credit Suisse verrouille un dossier de fraude compromettant

La banque bloque l'accès à l'enquête sur l'un de ses gérants vedettes, accusé de détournements au préjudice d'un oligarque. Credit Suisse se considère comme seule victime de cette fraude colossale

Credit Suisse vient de remporter une manche dans le bras de fer qui l'oppose à l'un de ses plus gros clients, l'oligarque géorgien Bidzina Ivanichvili. La banque a réussi à le priver d'accès au dossier dans l'affaire de fraude qui lui a coûté des centaines de millions de francs. 

Comme l'avait révélé Le Temps, un banquier vedette de Credit suisse est détenu à Genève pour avoir détourné quelque 100 millions de francs des comptes de l'oligarque. Il lui a aussi infligé des pertes colossales à cause de placements hasardeux (LT du 13 février 2016).

Le 2 mars, le procureur Yves Bertossa, qui conduit l'enquête, avait accordé l'accès au dossier à Bidzina Ivanichvili et à une société offshore détenant sa fortune, en leur reconnaissant la qualité de parties plaignantes.

Mais en Suisse, seule la banque elle-même est considérée comme lésée par les malversations d'un de ses employés. Les clients ne peuvent être considérés comme victimes que si la banque ne les indemnise pas, ce qui est le cas en l'espèce.

«Credit Suisse est pétrifié»

Credit Suisse, qui craint que des informations issues de l'enquête ne commencent à circuler, a contre-attaqué le 8 mars, en recourant contre la décision d'Yves Bertossa. Malgré les pertes subies, la banque considère que son client n'est pas «directement atteint par les infractions reprochées». Le 10 mars, la chambre pénale de recours a provisoirement retiré l'accès au dossier à Bidzina Ivanichvili et ses avocats, en attendant de trancher sur le fond.

Selon les défenseurs de l'oligarque, ce blocage de l'accès au dossier montre que «Credit Suisse est pétrifié à l’idée que la vérité sorte», estiment Marc Henzelin et Nicolas Ollivier, deux avocats de Bidzina Ivanichvili.

Un bonus pour Madame

L'empressement de la banque à maintenir l'enquête aussi confidentielle que possible se comprend. Car le dossier contient des éléments précis sur les libertés dont disposait le gérant incriminé au sein de Credit Suisse.

Ainsi, il a fait verser un bonus de 100 000 francs à sa femme, sur un compte ouvert au Credit Suisse au nom d'une société financière qu'elle dirige. A l'origine, l'argent provenait des comptes de Bidzina Ivanichvili. Le service antiblanchiment de la banque a détecté l'opération, mais ne l'a pas jugée problématique.

«Le banquier a aussi investi l'argent d'Ivanichvili dans des fonds montés par ses copains, en échange de rétrocommissions qui étaient versées au Credit suisse», ajoute un proche du dossier. Les montants en jeu sont impressionnants: le gérant indélicat aurait ainsi empoché quelque 15 millions de francs, selon nos informations. Ce qui pose de façon plus pressante la question des complicités externes. Credit suisse n'a fait aucun commentaire sur ces nouveaux éléments.

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