Start-up

Le Neuchâtelois Bity mise sur la monnaie virtuelle née à Zoug

Le leader suisse du courtage de crypto-monnaies intègre depuis février les transactions en éthers, une devise électronique imaginée par la fondation helvétique Ethereum. Objectif: multiplier par dix ses utilisateurs en ligne d’ici à la fin de cette année

Bity est à l’origine de l’un des premiers distributeurs de bitcoins en Europe, installé à Genève en 2014. Le territoire suisse en dénombre à présent douze, dont trois autres (Lausanne, Renens et Montreux) de la jeune pousse neuchâteloise. Cette dernière a aussi lancé en novembre dernier l’unique plateforme en ligne de courtage de bitcoin du pays. Depuis le mois passé, la start-up a enrichi son offre en proposant la vente et l’achat d’ethers, une crypto-monnaie du réseau Ethereum, censée s’imposer comme une nouvelle devise virtuelle de référence. Explications.

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Fondée voilà deux ans, Bity – doté d’une licence d’intermédiaire financier, non pas bancaire en raison des trop fortes contraintes réglementaires que cela implique – recense à ce jour plus de 4500 usagers. «En octobre 2014, nous comptions 300 clients. Notre objectif est d’atteindre les 50 000 utilisateurs d’ici à la fin de cette année», résume Romain Braud, cofondateur et en charge du développement commercial de l’entreprise en démarrage employant sept personnes. Comment? Grâce au courtage d’ethers, ces derniers étant appelés à rejoindre les bitcoins dans le réseau de distributeurs automatiques. Mais aussi à un nouveau dispositif de mise en conformité (identification numérique des pièces d’identité, évaluation des profils politiquement exposés, contrôles liés à la réglementation fédérale sur le blanchiment d’argent, etc.), dès le mois de mai, et l’extension du nombre de crypto-monnaies et autres actifs numériques.

«Crypto-valley» zurichoise

Pour l’heure, la part des bitcoins et des ethers représente respectivement deux tiers et un tiers des échanges effectués par Bity, dont les principaux concurrents sur le marché du bitcoin sont les Européens Safello et Circle. «Nous devrions déjà passer à 50% pour les deux crypto-monnaies ce mois», indique Romain Braud. Les distributeurs physiques (fournis par le Canadien BitAccess), eux, pèsent 15% de l’activité de la start-up neuchâteloise. Mais contrairement à des entreprises de la «crypto-valley» émergente à Zürich – le Californien Xapo a dernièrement déplacé son siège social dans ce canton –, Bity n’envisage pas de stocker des devises virtuelles pour le compte de client, à l’instar d’une banque de dépôt pour des avoirs traditionnels. Son modèle d’affaires: jouer le rôle de place de marché – impliquant au passage le prélèvement d’environ 1% de commission par transaction –, avec pour objectif de convertir le plus de personnes possible au crypto-monnaies.

Le bitcoin a connu un essor fulgurant ces six dernières années: jusqu’à 300 000 transactions par jour, 5,8 millions d’utilisateurs, pour une capitalisation boursière de 6,4 milliards de dollars, contre 14 milliards pour certains métaux, comme l’argent. Mais la croissance de l’ether, lancé il y a environ dix mois, est encore plus spectaculaire: Ethereum, la fondation qui en est à l’origine, totalise déjà plus d’un milliard de dollars de capitalisation, pour un volume d’échanges dépassant les deux tiers du bitcoin à l’échelle mondiale.

Comment expliquer un tel engouement? Contrairement au bitcoin – dont la progression fait face à présent à certaines limites –, l’ether est pensé comme un véritable écosystème. Microsoft, via sa plateforme en nuage («cloud»), commence à s’inspirer du concept. Et onze banques d’affaires, dont le Credit Suisse et UBS, ont déjà rejoint ce projet visant à révolutionner les façons de faire circuler l’argent. «Ethereum est un réseau d’échange décentralisé, assimilable à un ordinateur planétaire, sur lequel nous pouvons construire des services et des applications, explique Romain Braud. L’ether est le carburant virtuel permettant de faire fonctionner le tout. Nous assistons à un changement de paradigme où chacun va pouvoir créer ses propres services via des «contrats intelligents» [ndlr: «smart contracts», en anglais] et les monétiser sans l’aide de tiers.»

Importantes levées de fonds

Exemple: slock.it, une start-up allemande qui prévoit prochainement une importante levée de fonds afin de commercialiser des serrures «intelligentes» (dispositifs numériques permettant par exemple de déverrouiller un appartement loué sur Airbnb) via un programme généré par le circuit fermé d’Ethereum. «Dans ce contexte, le rôle de Bity est d’accompagner ce financement, les crypto-monnaies étant une classe d’actifs difficile à acquérir pour des non initiés», relève Romain Braud, qui définit sa société comme une passerelle entre l’économie traditionnelle et le nouveau monde de services collaboratifs.

«Pour familiariser le public avec les devises électroniques utilisant la cryptographie pour contrôler leur création et leur gestion, tout en expliquant les effets potentiels de cette technologie [ndlr: «blockchain» ou registre des transactions] sur l’économie de demain, nous organisons un rendez-vous informatif gratuit le 23 mars à l’hôtel Royal de Genève», annonce Romain Braud qui, de 700 000 francs levés il y a plus d’un an, envisage de récolter cette année des liquidités supplémentaires pour assurer sa prochaine phase de croissance.

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