Innovation

L’école numérique du patronat français

Lors de la seconde université numérique du Medef, les entrepreneurs du secteur digital ont fait la leçon à leurs aînés

Union de la Métallurgie, Fédération des assurances, Fédération des entreprises industrielles… Au quartier général du Medef, avenue Bosquet à Paris, tous les sigles inscrits sur les murs reflètent l’économie d’hier. Une réalité pointée, mercredi et jeudi, par les orateurs invités à s’exprimer lors de la seconde université numérique de l’organisation faîtière du patronat français. «Encore maintenant, les mots numérique et Medef ne collent pas très bien ensemble» a concédé son vice-président Geoffreoy Roux de Bézieux. Thibaut Lanxade, responsable au Medef des petites entreprises, avait auparavant averti: «L’un des risques, en France, est que notre corporatisme patronal étouffe les opportunités numériques. Gare à ne pas rajouter des contraintes pour protéger nos business, car cela ne marchera pas. Ce pays a un besoin urgent de revisiter ses fonctionnements collectifs. Et cela vaut aussi pour nous, dirigeants d’entreprises».

A l’heure où le climat social français se crispe autour du projet de loi sur la réforme du code du travail – il sera entériné le 24 mars, et a de nouveau été la cible hier de protestations lycéennes et étudiantes – l’initiative du patronat avait un mérite: exposer le fossé qui sépare, en France, l’économie traditionnelle du secteur numérique. Exemple: Uber. «Plus de 25% des chauffeurs employés par Uber étaient au chômage avant de prendre ce nouvel emploi a poursuivi Thibault Lanxade. Et parmi eux, 40% étaient chômeurs de longue durée».

Autre réalité: le décalage entre la motivation, mesurée par un récent sondage Gallup, entre la motivation des employés du secteur numérique, et ceux de l’économie traditionnelle. Selon le professeur Isaac Getz, de l’école supérieure de commerce de Paris, 65% des salariés français traditionnels se disent aujourd’hui «découragés» et 26% «activement désengagés» de l’entreprise. Ils ne sont, à l’inverse, que 9% à se déclarer «engagés», contre plus de 50% dans les «start-ups» il est vrai très différentes: «L’une des réalités sur laquelle nous butons est la difficulté de recrutement que rencontrent, en France, les entreprises numériques confirme un porte-parole du Medef. Peu de cadres franchissent le pas. Ils redoutent les nouveaux comportements, comme le fait d’être notés par leurs employés, ou de devoir gérer, au lieu de salariés, un grand nombre d’indépendants».

Un nom a été cité à plusieurs reprises: celui du jeune ministre de l’économie Emmanuel Macron, adoubé comme le porte-drapeau de ce saut générationnel. Le fait que son second projet de loi Noé (Nouvelles opportunités économiques), centré sur le numérique ait été abandonné, et que certains aspects soient recyclés dans la loi travail, est déploré. «En France, les rigidités de l’emploi tuent le travail alors que les salariés sont prêts à davantage de flexibilité» a argué l’entrepreneur numérique Jeremy Lamri. Sa conclusion? «Le plus gros frein est culturel et il vient aussi des patrons. Dans le monde numérique, la hiérarchie ne concentre plus le savoir, et les employés les plus précieux ne veulent parfois plus de contrat fixe.»

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