Economie numérique

La domotique, nouveau fer de lance de l’internet des objets

Les techniques liées à la «maison intelligente» deviennent toujours plus accessibles pour le grand public. Tour d’horizon des enjeux évoqués à CeBIT

Après l’internet 2.0, l’internet des objets (IoT, ou internet of things en anglais) fait partie des évolutions technologiques majeures attendues pour ces prochaines années. A Hanovre, cette thématique a figuré parmi les sujets phares de l’édition 2016 de CeBIT, le plus grand salon de l’économie numérique au monde qui s’est achevée vendredi.

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Des espaces entiers au sein des gigantesques halles de l’exposition ont été dédiés à ce thème, tandis qu’un cycle de conférences spécifiques a été consacré à l’internet des objets durant cinq jours. Cette approche, qui consiste à mettre en relation un grand nombre d’appareils ou de senseurs capables de communiquer des informations entre eux ou qui peuvent être commandés à distance via internet, est appelée à transformer plusieurs domaines d’activité, incluant les transports, les machines industrielles, la logistique ou la domotique.

«Une réalité dans moins de dix ans»

C’est dans l’habitat que les possibilités d’application de l’internet des objets se présentent de manière la plus concrète. Une multitude de sondes, de capteurs ou détecteurs mis en réseau avec des thermostats, stores ou humidificateurs permettent de régler la température, l’éclairage ou le niveau d’humidité des bâtiments, que ce soit de manière automatisée ou en étant commandé à distance via des applications pour smartphone. Les solutions de type maison intelligente («smart home») sont proposées par un nombre croissant de spécialistes qui travaillent avec des sociétés immobilières ou des spécialistes des techniques du bâtiment. Robert Klug, directeur de iHaus, une société munichoise spécialisée dans la mise en réseau et l’installation de différentes applications dans ce domaine, estime que la «maison intelligente» sera une réalité dans moins de dix ans. «Les choses vont aller beaucoup plus vite que l’on se l’imagine dans ce domaine», anticipe-t-il. Une évolution qui va aussi complètement remettre en question la formation professionnelle pour les métiers liés au bâtiment, juge l’expert.

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Si les solutions les plus répandues dans ce domaine, à l’exemple de celles proposées par Z-Wave, proviennent le plus souvent des Etats-Unis, plusieurs sociétés européennes déjà actives dans des techniques du bâtiment contribuent aussi au développement de l’internet des objets dans la domotique. En Suisse, c’est le cas notamment de Belimo, un groupe zurichois actif dans les techniques de climatisation, qui fabrique des vannes de régulation pour les bâtiments.

Les assureurs très intéressés

Les systèmes de type «smart home» suscitent un intérêt grandissant non seulement pour la gestion des bâtiments d’un point de vue énergétique mais aussi sur le plan de la sécurité. L’assureur allemand Allianz collabore notamment avec Panasonic afin de proposer un système d’assistance à ses clients. Si des senseurs détectent des mouvements inhabituels dans un appartement ou une maison, le système contacte un service de l’assureur qui, lui, peut soit informer ses habitants ou des employés de sociétés de sécurité. En Suisse, la Mobilière teste aussi une application smartphone qui contacte le propriétaire en cas de mouvements suspects.

Dans l’internet des objets, de nombreuses questions se posent à propos de la sécurité informatique et de la protection des données. Pour le second aspect, Robert Klug de iHaus estime qu’il en ira ici tout comme dans les autres domaines: «L’utilisateur décidera des données qu’il accepte de confier à des sociétés tierces en fonction du degré d’utilité qu’il en retirera». Autre question fréquemment soulevée lors de tables rondes: que se passerait-il si internet n’est plus accessible? Certains spécialistes lors de CeBIT doutent de la nécessité de relier une multitude d’appareils par le biais d’internet, alors qu’il est possible de contrôler un grand nombre de fonctions en utilisant seulement des réseaux internes.


Le marché de toutes les convoitises


Le marché potentiel de l’Internet des objets (IoT) suscite les attentes les plus folles. Dans une étude publiée en janvier, le cabinet de conseil A.T. Kearney évaluait à quelque 80 milliards d’euros le marché des solutions et objets connectés dans les 28 pays de l’UE d’ici à 2025. La valeur totale qui en découlerait frôlerait même les mille milliards d’euros, en incluant les gains de productivité (430 milliards), les gains de pouvoir d’achat (300 milliards) et le temps libéré pour les individus (210 milliards).

Si la notion de l’Internet des objets diffère selon les définitions, l’idée de connecter toutes sortes d’appareils et d’objets gagne du terrain dans de multiples domaines, incluant l’habitat, la logistique, les machines, la santé, l’agriculture ou la distribution. A CeBIT, Deutsche Telekom a par exemple présenté des applications pour le secteur de l’alimentation.

Les investissements se poursuivent. La semaine dernière, les start-up américaines Ring et Couchbase ont respectivement levé 61 millions et 30 millions de dollars. La première est spécialisée dans les systèmes de surveillance à distance, la seconde élabore des bases de données pour les applications mobiles ou l’Internet des objets.

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