Commerce

L’Inde, un partenaire difficile pour l’Union européenne

Le premier ministre indien Narendra Modi a participé mercredi au 13e sommet Union européenne-Inde. Bruxelles considère son gouvernement plus ouvert et pragmatique que le précédent

La relance des négociations en vue d’un Accord bilatéral pour le commerce et l’investissement (ABCI) était au centre des débats du 13e sommet Union européenne-Inde qui a eu lieu mercredi soir à Bruxelles. Les premières bases avaient été jetées en 2007 et les deux parties s’étaient alors données deux ans pour aboutir à une conclusion. Neuf ans et seize cycles de négociations à Bruxelles comme à New Delhi plus tard, les résultats se font toujours attendre.

Le dernier sommet avait eu lieu en 2012 dans la capitale indienne et le suivant a été renvoyé à maintes reprises. Autant dire que malgré des échanges économiques et commerciaux de plus en plus importantes, il n’y a pas de grand amour entre l’Inde et l’UE. Ce pays est le 9e partenaire commercial de l’UE, dernière la Corée du Sud et devant le Brésil. Mais pour l’Inde, l’UE est le premier partenaire. Il n’empêche que pour la presse indienne, Bruxelles ne serait qu’une escale pour le premier ministre indien Narendra Modi qui est attendu jeudi à Washington. Toutefois, à la Commission européenne, l’on estime que la politique d’ouverture économique prônée par son gouvernement est de bon augure. En réalité, comme d’autres puissantes émergentes comme la Chine ou le Brésil encore la Russie, l’Inde préfère négocier en bilatérales avec les Etats qu’avec Bruxelles.

La concurrence du «Make in India»

Les obstacles à un accord sont nombreux. Le premier concerne l’accès au marché automobile indien qui est en constante croissance depuis plusieurs années. Les voitures à l’importation sont frappées d’un droit de douane allant de 60 à 120% alors qu’en Europe, la moyenne est de 10%. «Il s’agit d’une politique délibérée pour protéger l’industrie indigène», commente un fonctionnaire européen. Les Indiens ne cachent pas leur stratégie. Sous l’enseigne «Make in India», le gouvernement veut encourager les entreprises étrangères à s’installer et produire en Inde. Un tel régime douanier offre aussi une protection aux constructeurs locaux comme Tata Motors et Mahindra & Sons contre la concurrence étrangère. Selon The Hindu, l’un des plus grands quotidiens anglophones en Inde, de mercredi, la Society of Indian Automobiles Manufacturers (SIAM) a mis en garde contre tout fléchissement face aux pressions européennes.

Dans le même registre, l’UE réclame une révision des droits de douane sur les importations du vin et des spiritueux, qui peuvent aller jusqu’à 150%. Comme dans l’automobile, le gouvernement indien veut protéger son industrie nationale. Graduellement, le pays devient un important consommateur mais aussi producteur de vin. Plusieurs vignobles sont exploités par des investisseurs étrangers.

Comme dans tous les accords bilatéraux de libre-échange qu’elle négocie, l’UE exige une forte protection de la propriété intellectuelle. Dans ce domaine, l’Inde résiste, notamment pour protéger une industrie des traitements génériques qui s’est considérablement développée ces dernières années. Elle défend sa politique au nom de l’accès aux médicaments dans le pays et dans le monde entier.

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New Delhi a aussi ses exigences. La plus importante concerne la libéralisation des services. Plus précisément, elle réclame la fin des restrictions imposées à ses entreprises informatiques pour dépêcher du personnel en Europe. Les frais pour l’obtention des visas sont de plus en plus élevés. Le Royaume-Uni exige que les salaires des employés dépêchés soient plus ou moins comparables aux normes locales. Une négociation en vue de libéraliser le mouvement du personnel qualifié est ouverte au sein de l’OMC. L’UE et les Etats-Unis y sont opposés.


Une épine dans le pied

Le sommet UE-Inde traitera d’un dossier qui empoisonne les relations bilatérales depuis février 2012. Il concerne deux militaires italiens accusés d’avoir abattu deux pêcheurs indiens qu’ils disent avoir pris pour des pirates. L’incident s’était produit dans les eaux territoriales indiennes à une période où la mer d'Oman était infestée de pirates somaliens.

New Delhi souhaite que leur sort soit tranché par la justice indienne. Rome craint une justice partiale et a déjà référé le cas au tribunal d’arbitrage international de la mer à Hambourg. L’un des deux accusés est malade; il a été autorisé à regagner son pays pour des raisons humanitaires. L’autre, tel un otage, est toujours dans les geôles indiennes.

L’Italie n’a jamais cessé de faire pression sur Bruxelles pour négocier une solution politique avec les Indiens. Elle mise désormais sur le premier ministre Narendra Modi au pouvoir depuis 2014 et considéré comme plus pragmatique. Le précédent gouvernement dominé par le Parti du Congrès dont la présidente était Sonia Gandhi, d’origine italienne, avait refusé d’intervenir par peur des critiques des nationalistes indiens.

R.E.

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