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Travaux pratiques

La toile regorge de vidéos didactiques pour apprendre à jouer de la guitare, se maquiller à la façon de Lady Gaga, renforcer ses abdos ou survivre à une attaque de zombies. Un phénomène à la hausse qui intéresse les marques, ravies de pouvoir parler de leurs produits différemment

Les internautes les plus convaincus le savent bien: on trouve tout ce dont on a besoin sur le web et même un professeur particulier. L’enseignement à distance n’a peut-être jamais aussi bien porté son nom. Des cours dispensés par le biais de séquences vidéos qui rappellent tantôt les émissions sportives de Véronique et Davina, tantôt les méthodes d’apprentissage de langues sur CD-Rom. «Si ces vidéos passionnent les internautes c’est parce qu’elles leur permettent – au moment où ils le souhaitent – d’acquérir des techniques en choisissant le cours et l’enseignant qu’ils préfèrent», explique David Sadigh, directeur associé d’IC-Agency à Genève, société de consulting spécialisée dans le e-marketing. Maîtriser le flamenco avec un bel hidalgo ou perfectionner son toucher sous la direction d’un rocker tatoué, tout est possible. Il suffit de saisir «cours de guitare» dans le champ de recherche de Youtube pour voir défiler les prétendants. «La notion de gourou acquiert une importance grandissante sur Internet, continue David Sadigh. La vidéo – en permettant de mettre en scène les propos – contribue à la construction de ce type de personnalité.»

Publicité subliminale

Et il n’y a pas que les internautes qui se passionnent pour ces cours à distance. Les marques veulent aussi tirer parti de ces relais de communication, si prisés du public. Que ce soit par annonces contextuelles ou en apparaissant directement à l’écran, les firmes de cosmétiques se sont emparées du phénomène. Les éditeurs de logiciels ont eux aussi très rapidement adapté leurs tutoriaux – à l’origine sur CD-Rom – au format web. La marque de guitare Gibson propose chaque jeudi sur son site une nouvelle leçon donnée par Arlen Roth, un pionnier en la matière. Une autre série de vidéos proposent quant à elles de suivre les différentes étapes permettant de réaliser les recettes de Michel Montignac pour garder la ligne. Ces séquences profitent à la fois au célèbre instigateur de plats diététiques et aux différents chefs qui reproduisent à l’écran les menus pour les internautes. Enfin, le monde de l’automobile n’est pas en reste, puisque des sites spécialisés en pièces détachées et éléments de carrosserie expliquent par le biais de petits films comment booster la sono interne de son véhicule ou rajouter de l’allure à son pare-chocs avant. Et ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres.

Cas d’école

Postées à l’origine par des anonymes, ces séquences didactiques se professionnalisent, en termes de contenu, de réalisation et donc de placements publicitaires. Le cas de l’Américaine Michelle Phan est à ce titre éloquent. Comme bon nombre de ses semblables, la jeune femme rêvait de gloire interplanétaire. Et comme la plupart de ceux qui se sont fait connaître du grand public ces dix dernières années, c’est en utilisant le web qu’elle mit fin à son anonymat. Ceci en postant sur Youtube une vidéo dans laquelle elle expliquait comment reproduire le maquillage extravagant de la chanteuse Lady Gaga. Sept millions de visionnements plus tard, c’est la consécration pour Michelle Phan. Son nom apparaît régulièrement dans les magazines féminins américains, la marque Lancôme fait d’elle une de ses porte-paroles et l’agence d’imprésario Jed Root (qui s’occupe également des photographes Bettina Rheims ou Scott Schuman alias The Sartorialist) la prend sous son aile. Aujourd’hui, elle continue à agrémenter la toile de ses conseils et démonstrations tout en développant sa propre marque de cosmétiques.

Augmentation exponentielle

Contrairement aux gloires éphémères, le succès des vidéos didactiques sur le web n’est pas près de s’amenuiser. Ces séquences profitent à la fois d’une popularité croissante auprès des internautes et du développement de nouveaux supports portables comme les Iphones ou les Ipads. «La vidéo sur Internet en tant que telle connaît une expansion phénoménale, développe David Sadigh. Youtube – qui fêtait début mai les 5 ans de lancement de sa version beta – est même le deuxième moteur de recherche le plus utilisé au monde derrière Google. Aux États-Unis, une requête sur trois faite sur Google concerne du contenu Youtube.» D’autres chiffres publiés en mars 2010 par la plateforme de vidéos illustrent l’indéniable importance prise par ce format sur la toile. Ainsi, chaque minute les internautes augmenteraient de 24 heures d’images supplémentaires le contenu du site. Toujours selon cette source, chaque personne passerait en moyenne quinze minutes quotidiennes à y visionner des séquences. Youtube appartenant à Google, on verrait mal qui pourrait freiner cette progression.

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