Horlogerie

Trois questions à Michel Parmigiani, fondateur de Parmigiani Fleurier

Chaque jour, pendant le Salon international de la haute horlogerie à Genève, Isabelle Cerboneschi rencontre un patron ou un maître horloger. Michel Parmigiani, fondateur de Parmigiani Fleurier, a inventé une réponse de haute technicité aux montres connectées

Michel Parmigiani est l’un de ces maîtres horlogers qui affiche une discrétion proportionnelle à son savoir-faire, immense. Cet homme crée des garde-temps sachant embrasser les nombreuses dimensions du temps. Il n’est pas exagéré de dire qu’au-delà d’une technicité époustouflante, ses montres possèdent un caractère transcendant. C’est un homme de peu de mots, dont l’horlogerie est le langage. Il bâtit des postulats avec des timbres, des cames, des croix de Malte, des marteaux, des rouages. Un de ses derniers opus est une montre à heure passante: une pièce qui permet d’exprimer la relativité du temps et qui prend le contre-pied des montres connectées.

Le Temps: En regardant votre montre à heure passante, on a le sentiment que le temps s’écoule beaucoup plus lentement. C’était voulu?

Michel Parmigiani: Sur le cadran de cette montre, on voit un guichet en forme de croissant ouvert de gauche à droite qui laisse passer un chiffre qui est une heure. C’est une heure qui passe, qui défile. Qui permet de laisser le temps derrière soi grâce à un jeu de came, un mécanisme assez subtil à base de croix de Malte. On ne peut pas se projeter dans le futur puisque les autres heures n’existent pas encore et on ne peut pas revenir dans le passé puisque l’heure suit son court. On ne voit que le présent. C’était voulu, oui, c’est une montre très carpe diem. Elle ne stresse pas. Elle laisse songeur. Elle nous rappelle d’apprécier le moment. On voit très bien sur cette montre que le temps est relatif.

– Tout le monde s’interroge sur l’impact des montres connectées sur la haute horlogerie. Et vous?

– Pour moi, il n’y a pas d’impact négatif. Les montres connectées, c’est quelque chose en plus. On possède tous un téléphone, un iPad, un iPhone: cela fait des années que l’on peut lire l’heure ailleurs que sur une montre. Et cela n’a pas empêché l’horlogerie de se développer. Une personne ne possède pas qu’une seule montre, aujourd’hui. Elle en a plusieurs et les porte selon les occasions: pour faire de la plongée, pour aller en soirée. Et cela vaut aussi pour les montres bon marché. Le problème de ces Smart Watch, c’est qu’elles n’ont pas été faites pour durer. Cela s’autodétruit. Dans 200 ans, qu’est ce qui va en rester? Même dix ans, c’est déjà très long pour un produit comme ça: il sera très vite démodé, plus compatible. On devra racheter un équipement. Ça pousse à une consommation pas forcément saine. Tandis qu’une montre mécanique, elle pourra toujours être révisée dans 200 ans. Un objet mécanique avec une boîte étanche est fait pour durer des siècles, il suffit de le nettoyer, de changer les huiles et c’est reparti. Dans tous les composants électroniques, il y a du plastique qui s’autodétruit à terme. Dans une montre mécanique, il n’y a pas d’autodestruction.

– Est-ce que votre heure passante est une réponse à cette course aux montres connectées?

– C’est une pièce unique, un objet d’art horloger (elle possède aussi une fonction de répétition minutes qui, à la demande, sonne l’heure à la minute près, ndlr). D’un index à l’autre, il s’écoule cinq minutes. On évalue donc le temps à une ou deux minutes près. Par rapport aux Smart Watch, oui, je pense que c’est une belle réponse: on voit à peu près l’heure qu’il est…

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