conseil des droits de l’homme

Richard Goldstone déplore la récupération politique de son rapport

Le Conseil des droits de l’homme devrait se prononcer ce vendredi sur une résolution soumise par l’Autorité palestinienne

Pas moins d’une trentaine de pays sont intervenus jeudi à Genève au Conseil des droits de l’homme (CDH) réuni en session extraordinaire pour discuter les conclusions du rapport du juge sud-africain Richard Goldstone sur les crimes de guerre perpétrés à Gaza en début d’année. Une résolution favorable au rapport et à ses recommandations relancée à l’initiative de la Palestine et de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) avec le soutien du groupe arabe et des non-alignés devrait être adoptée ce vendredi.

En ouverture de la session, la haut-commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay, a rappelé qu’«une culture de l’impunité continue de prévaloir dans les territoires occupés et en Israël» et demandé aux 47 Etats membres de soutenir une «enquête impartiale, indépendante, rapide et réelle sur les violations des droits de l’homme et du droit humanitaire».

Le Hamas épargné

Il y a deux semaines, lors d’une précédente session, Israël et les Etats-Unis avaient déjà violemment critiqué le rapport jugé «partial» et «entaché d’erreurs». La nouvelle résolution complique encore un peu plus la tâche du Conseil car elle ajoute au soutien du rapport Gold­stone lui-même un long préambule pour condamner la poursuite de la colonisation et des accusations portant sur le contrôle de Jérusalem-Est par l’armée israélienne.

De passage à Berne pour une conférence, Richard Goldstone ne cache pas son irritation: «Cette proposition de résolution m’attriste, car elle ne fait part que d’allégations à l’encontre d’Israël. Il n’y a pas une phrase pour condamner le Hamas comme nous le faisons dans le rapport. J’espère que le Conseil pourra encore modifier ce texte.» Le juge défend en revanche ses conclusions: «Les Américains parlent d’erreurs dans notre rapport, mais ils n’avancent pas un seul fait tangible pour le démontrer.» Malgré l’instrumentalisation politique de son rapport – notamment par le Hamas – qu’il ne peut que déplorer, il demeure confiant sur le fait qu’il fera son chemin et sera un soutien à la paix dans la région. Quant à la virulence des attaques israéliennes, il s’y attendait, «mais pas à un tel venin. C’est une triste expérience.»

Européens divisés

Hier après-midi, le représentant américain au CDH a continué à critiquer le rapport, mais en prenant soin de modérer son discours contrairement à celui d’Israël qui a une nouvelle fois dénigré cet hémicycle. Les Européens demeurent pour leur part divisés entre Etats qui s’abstiendront – ce dont se satisferont les Palestiniens – et ceux qui voteront non. L’UE, par la bouche de l’ambassadeur suédois, souligne plus clairement la qualité de l’enquête de la mission du juge Gold­stone. Mais elle reste critique sur ses recommandations, en particulier celle qui implique une intervention du Conseil de sécurité et de la Cour pénale internationale si Israël et les autorités palestiniennes se montraient incapables de juger par eux-mêmes les auteurs des crimes de guerre dénoncés dans le rapport.

En marge de la réunion, une centaine d’ONG ont appelé les Etats membres de l’ONU à accepter les recommandations du juge Gold­stone. «L’incapacité des gouvernements occidentaux à soutenir le rapport Goldstone révélerait une politique de deux poids deux mesures dans la mise en œuvre de la justice internationale», met en garde Human Rights Watch.

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