Polémique

Une «conspiration des scientifiques»?

A quelques jours du sommet de Copenhague, des pirates informatiques dévoilent des aspects peu reluisants de professeurs voulant écarter tout avis de collègues plutôt sceptiques sur la théorie du réchauffement inéluctable de notre planète. Un site conservateur américain évoque le «plus grand larcin de tous les temps»

La preuve d’une «conspiration mondiale»? Un «bâton de dynamite» qui vient d’exploser opportunément? A l’approche des discussions de Copenhague sur le climat (du 7 au 18 décembre), le débat sur l’influence humaine dans le réchauffement de la planète, s’est subitement rallumé. En cause? Des milliers de courriels privés et de documents secrets ont fait leur apparition sur Internet. Dans leur correspondance, subtilisée par des pirates informatiques, les plus prestigieux scientifiques britanniques et américains en la matière, dévoilent des aspects peu reluisants.

C’est le serveur du respecté Centre de recherches sur le climat (CRU) de l’université britannique d’East Anglia qui a craché ses secrets. Or le directeur du CRU, Phil Jones, est l’un des auteurs du Panel intergouvernemental de l’ONU qui, il y a trois ans, avait conclu de manière «univoque» à l’influence de l’activité humaine dans le réchauffement du climat. L’unanimité affichée à cette occasion par les scientifiques avait fait date, et marginalisé les tenants de la position inverse. Or, les dessous des cartes semblent montrer une dure bataille qui n’était jamais apparue au grand jour.

Dans un e-mail, par exemple, Phil Jones s’interroge sur la pertinence d’inclure dans le rapport de l’ONU le travail de scientifiques qui remettaient en cause ce lien. Il répond par la négative. «Nous les garderons dehors d’une manière ou d’une autre», explique-t-il dans ce courrier dont il a lui-même reconnu l’authenticité. Quitte pour cela, ajoute-t-il, à «redéfinir les règles» qui régissent la littérature scientifique.

Ailleurs, le même Phil Jones écrit à des collègues américains à propos de statistiques sur le réchauffement de la température moyenne mondiale pour le dernier millénaire. Alors que ce réchauffement semble atteindre un palier, le scientifique se félicite d’avoir utilisé «un truc» visant à le faire disparaître. D’autres courriels contiennent encore des semblants de menaces de boycott à l’égard de revues scientifiques qui accepteraient de publier les thèses des «sceptiques».

«Fraude mondiale»

Ce piratage, dont on ignore encore les auteurs, a immédiatement embrasé le Net. Le site conservateur American Thinker, par exemple, y voit la preuve d’une «fraude mondiale». Et, par là même, la fin de la théorie du réchauffement climatique, le «plus grand larcin de tous les temps» qui a servi à justifier des «centaines de milliards de dollars d’impôts, d’entraves de l’Etat et de «réparations» internationales» exigées aux pollueurs supposés.

Depuis que leur correspondance a été dévoilée la semaine dernière, les auteurs s’emploient à démontrer que les extraits sont sortis de leur contexte et que les «trucs» dont il est question restaient convaincants du point de vue scientifique. Mais à l’approche des discussions de Copenhague, leurs explications ne suffiront sans doute pas à colmater les brèches qui semblent ainsi apparaître dans le consensus scientifique. Ces révélations sont l’équivalent «d’un champignon nucléaire», commentait Patrick Michaels, un climatologue célèbre aux Etats-Unis pour s’opposer avec virulence à la réalité du changement climatique.

Le débat risque d’être relancé d’autant plus sûrement que l’atmosphère est propice aux Etats-Unis, alors que l’administration de Barack Obama tente de pousser le Sénat à adopter un texte visant à lutter contre le réchauffement climatique et à encourager les énergies renouvelables. «Je déclare fièrement 2009 comme l’année des sceptiques, tonnait la semaine dernière le sénateur républicain d’Oklahoma, James Inhofe. L’année au cours de laquelle seront entendus les scientifiques qui remettent en question le prétendu consensus autour du réchauffement climatique.»

Dans la presse américaine, certains des auteurs des courriers assuraient cependant que tout ceci ne fait que montrer, en définitive, que les scientifiques sont des humains. «La science ne progresse pas parce que nous sommes tous gentils les uns envers les autres, commentait Gavin Schmidt, un météorologue de la NASA. Newton était un imbécile. Mais cela n’empêche pas la théorie de la gravitation d’être vraie.»

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