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La défection des électeurs de droite inflige un revers historique à Sarkozy

Le parti présidentiel termine loin derrière les socialistes au premier tour des élections régionales. L’alchimie de la majorité est à revoir, alors qu’une période délicate s’ouvre pour le PS de Martine Aubry

Nicolas Sarkozy et les siens pouvaient difficilement imaginer pire résultat. Surclassés par le Parti socialiste au premier tour des élections régionales, ils auront toutes les peines du monde à conserver leurs deux régions, dimanche prochain, lors du second tour. L’aura de «gagneur» du président est ébranlée, et toute l’alchimie de la majorité est à revoir.

L’objectif minimal du parti présidentiel, l’UMP, était de terminer en tête du premier tour, si possible avec plus de 30% des voix. Il en est loin: avec 26%, la formation majoritaire paie le prix d’une abstention record de 52%. Des pans entiers de son électorat – agriculteurs, médecins, chefs d’entreprise – ont fait défection, du fait de la crise ou de réformes jugées inefficaces et mal ficelées.

Dimanche soir, le premier ministre François Fillon a appelé à la mobilisation pour le second tour: «Tout reste ouvert, parce que les électeurs ne sont la propriété d’aucun parti», a-t-il déclaré.

Le PS, qui avait touché le fond aux Européennes de juin 2009, opère un retour spectaculaire avec près de 30% des voix. Le «grand chelem» rêvé par sa première secrétaire Martine Aubry – s’emparer de toutes les régions, y compris la Corse et l’Alsace, encore aux mains de l’UMP – ne paraît plus hors d’atteinte. D’autant que ses alliés traditionnels, les Verts, qui obtiennent 12% des suffrages, et le Front de Gauche (Parti communiste et Parti de gauche de l’ex-socialiste Jean-Luc Mélenchon), avec 6%, offrent un solide réservoir de voix.

A l’inverse, l’UMP a peu de réserve, après avoir réuni sur ses listes une kyrielle de sensibilités divergentes: chasseurs, souverainistes eurosceptiques de Philippe de Villiers, centristes de toutes obédiences, jusqu’aux «progressistes» de l’ancien socialiste Eric Besson. La mayonnaise n’a pas pris. L’ampleur de l’échec, s’il se confirme dimanche prochain, pourrait conduire à des révisions déchirantes.

L’équation de la droite est encore compliquée par la remontée du Front national, qui a profité du mécontentement des électeurs de la majorité en obtenant 12% des voix. Ce score lui permettra de se maintenir au second tour dans de nombreuses régions, notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur où Jean-Marie Le Pen, qui menait là sa dernière campagne, a récolté 21% des suffrages.

Mais le vote a aussi fait deux victimes de taille parmi les opposants au président: Olivier Besancenot et son Nouveau parti anticapitaliste, crédité d’un faible 2,4% des voix, et le centriste François Bayrou, qui touche un nouveau plancher avec 3,6% de l’électorat.

L’après-régionales s’annonce également délicat pour le PS. Si le second tour est aussi brillant pour sa formation que le premier, la première secrétaire Martine Aubry verra sa stature de «présidentiable» s’affirmer. Elle devra alors orchestrer le processus de désignation du candidat socialiste à l’élection présidentielle, en 2011.

Les modalités de ces primaires ne sont pas arrêtées, mais plusieurs ambitions pourraient émerger dans le sillage des régionales. Celle de Ségolène Royal, par exemple, qui devrait être réélue à la présidence du Poitou-Charentes après avoir obtenu 39,3% des voix au premier tour.

Ces dernières années, le PS s’est fait une spécialité de remporter les élections locales, avant d’échouer face à l’échéance suprême, faute de programme et de cohésion. Martine Aubry a quelques mois devant elles pour conjurer ce scénario. Hier, elle a promis d’accélérer «la préparation d’un projet plein d’espoir pour les Français».

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