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L’OTAN confrontée aux défis du sommet de Lisbonne

Les vingt-huit pays de l’Alliance atlantique doivent maintenant passer à l’acte. De la «transition » en Afghanistan à la mise en oeuvre du bouclier antimissile associant la Russie, l’OTAN va devoir simultanément serrer les rangs et se réformer. Le Temps tire les principales leçons d’un sommet qui a brossé les contours du nouveau paysage stratégique européen

La nouvelle donne présentée à Lisbonne interpelle aussi la Suisse, membre depuis décembre 1996 du « Partenariat pour la paix » aux côtés des autres pays neutres de l’UE (Finlande, Suède, Autriche, Irlande).

Dix ans: tel est désormais le nouvel horizon de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) qui s’est dotée ce week-end à Lisbonne d’un nouveau concept stratégique. Retour sur un sommet riche en décisions, de l’Afghanistan au rapprochement avec la Russie.

Première leçon: En Afghanistan, les alliés derrière Barack Obama .

Le chef de l’Etat américain est reparti de Lisbonne avec les promesses qu’il attendait. La «transition» voulue par Washington est confirmée. Elle s’étalera, «selon les résultats sur le terrain» de l’été 2011 à la fin 2014. L’actuelle coalition internationale de 130 000 soldats (en provenance de 48 pays, mais à 70% originaire des Etats-Unis) va durant ces trois années progressivement transférer le contrôle sécuritaire du territoire à la police et à l’armée afghane.

Comme le voulait Barack Obama, les premiers retraits, sans doute symboliques, auront lieu dès l’année prochaine. L’objectif affiché est d’amener les alliés pressés de retirer leurs troupes à laisser néanmoins sur place un contingent substantiel de formateurs et de « mentors », ces cadres qui accompagnent les forces afghanes de leurs casernes aux opérations. Point important: le secrétaire général de l’Alliance Anders Fogh Rasmussen, comme Barack Obama, ont confirmé qu’au delà de 2014, des forces étrangères resteraient présentes aux côtés du gouvernement afghan, centrées sur la lutte antiterroriste. Un accord de «partenariat à long terme» a été également signé entre le président Hamid Karzaï et l’Otan.

Reste une question de taille: Les gains sécuritaires significatifs obtenus grâce à l’envoi de renforts cette année pourront-ils être conservés par l’Alliance ? Et surtout, comment amener les talibans à négocier, seule garantie réelle d’une transition durable sur le plan politique....

Deuxième leçon: La Russie, partenaire incontournable pour l’OTAN

L’affrontement n’est plus de mise. La présence du président russe Dimitri Medvedev à Lisbonne samedi, fait inédit lors d’un sommet de l’Alliance conçue à l’époque de la guerre froide pour contrer une possible invasion soviétique, a confirmé le nouvel axe Otan-Moscou. A bien y regarder toutefois, ce virage stratégique prendra, du coté de l’Alliance, du temps avant de se concrétiser. La participation russe au projet de bouclier antimissile initié par Washington, dont le coût sera sans doute très vite très onéreux, est pour l’heure acquise en théorie. Reste à concevoir des plans, envisager l’accès aux données et aux installations, et surtout discuter du commandement central de ce dispositif aux relents de « guerre des étoiles ».

Côté russe, l’avancée la plus substantielle du sommet de Lisbonne est en réalité le plaidoyer de Barack Obama pour une ratification rapide de l’accord START sur le désarmement nucléaire, qui se négocie à Genève. Le président américain en fait une priorité et son homologue russe a, directement, appelé les sénateurs américains opposés à l’adoption du texte «à faire preuve d’une approche responsable». Le ton rugueux des années Bush-Poutine est révolu. Du moins en apparence car en tant que premier ministre Vladimir Poutine, ne l’oublions pas, demeure toujours largement le maitre de la Fédération.

Troisième leçon: L’OTAN a une stratégie, mais beaucoup de défis à surmonter

L’Alliance atlantique peut se féliciter d’avoir trouvé son « sauveur ». Sur le plan politique et médiatique, l’impact de son secrétaire général nommé en avril 2009, Anders Fogh Rasmussen, est évident. L’ancien premier ministre danois a repositionné l’organisation vers les « nouvelles menaces », comme la cyberguerre. Mieux: le nouveau concept stratégique adopté à Lisbonne est un document lisible, facilement compréhensible. Les tenants d’une politique de défense européenne indépendante des Etats-Unis n’ont pas fini de mordre la poussière. Les 21 pays de l’Union européenne membres de l’Alliance ont tranché: c’est à l’OTAN que se joue la sécurité du continent. La coopération UE-Etats-Unis, dopée par l’organisation samedi soir d’un sommet entre Barack Obama, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et celui d ela Commission européenne José-Manuel Barroso, est en plus handicapée par des différends persistants sur les négociations climatiques ou le round commercial de Doha. Et ce malgré le communiqué très positif de clotûre.

Cette victoire politique de l’OTAN n’en est pas moins fragile. L’alliance est une structure militaire sclérosée, dont les commandements sont trop nombreux et dispersés. Barack Obama, qui l’a présentée comme « l’alliance la plus efficace du monde » sait fort bien que le besoin de réformes est pressant, d’autant que tous les pays européens réduisent de manière drastiques leurs budgets de défense.

Comment, dés lors, conjuguer ces deux impératifs ? Faire face aux nouvelles menaces et rester présents aux cotés de l’Afghanistan d’un coté, réduire la voilure de l’autre. Le général français Stéphane Abrial , patron du commandement « transformation » de l’OTAN chargé des plans à long terme à Norfolk (Etats-Unis) l’a reconnu lors d’un entretien au Temps: « Il faudra faire mieux avec moins » Et de conclure, optimiste malgré les coupes budgétaires annoncées partout en Europe: « On ne change jamais mieux que sous la contrainte».

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