Climat

La conférence de Cancun accouche d’une souris

Des mécanismes ont été approuvés dans la station balnéaire mexicaine, mais les décisions importantes restent à prendre. Pire: la réunion a connu un recul sur le Protocole de Kyoto

Le manque d’ambition a un avantage certain: il réduit sensiblement le risque d’échec. Ainsi en a-t-il été de la seizième grand-messe onusienne sur le climat qui s’est tenue à Cancun, au Mexique, ces deux dernières semaines. Après les envolées lyriques de la conférence de Copenhague l’an dernier, la rencontre a eu pour principale ambition de maintenir en vie le processus de négociations lancé il y a bientôt vingt ans. Tout accord était dès lors bon à prendre, même le plus modeste. Et c’est ce qui est arrivé.

Accord très général

La ministre mexicaine des Affaires étrangères, Patricia Espinoza, a beaucoup exagéré en parlant à l’issue de la conférence de l’ouverture d’une «nouvelle ère pour la coopération internationale» en matière de lutte contre le réchauffement. Mais cette déclaration s’est inscrite dans un exercice général d’auto-félicitation d’autant plus chaleureux que les négociations ont été de bout en bout particulièrement ardues. Comme en témoignent l’heure tardive de leur conclusion, samedi matin peu avant l’aube, et la maigreur de leurs résultats.

Aucune percée n’a eu lieu sur le fond, à savoir sur les limitations d’émissions de gaz à effet de serre. L’accord conclu à Cancun en reste à des considérations très générales sur les réductions exigées par les «données scientifiques» et la responsabilité particulière des pays industrialisés. Les pays en développement, eux, sont simplement priés de travailler à l’établissement «d’un objectif mondial pour une réduction substantielle des émissions globales d’ici à 2050». Quant au régime de contrôle auquel ils seront soumis le moment venu, il devra être exercé de manière «non intrusive, non punitive et dans le respect de la souveraineté nationale». Léger.

La conférence de Cancun a accouché par ailleurs de très modestes réalisations dans les trois domaines où elle était le plus attendue. En matière financière, un «Fonds vert» annoncé depuis des années a été officiellement créé et certains de ses attributs définis. Il a été ainsi décidé de le doter d’un conseil d’administration de 24 membres dans lequel pays riches et pays pauvres seront représentés à parts égales et de demander à la Banque mondiale de l’administrer à titre intérimaire pendant trois ans. Mais l’essentiel, la provenance des fonds, n’est toujours pas déterminé.

Dans les deux autres secteurs, la valorisation des forêts comme «puits de carbone» et les transferts technologiques du Nord au Sud, l’accord prévoit de créer des mécanismes institutionnels susceptibles d’agir le moment venu mais reste des plus vagues sur les moyens dont ils disposeront.

Sérieuse déconvenue

A côté de ces modestes succès, la réunion a connu une sérieuse déconvenue: un recul sur le Protocole de Kyoto, l’accord le plus exigeant jamais conclu pour mener la lutte contre le réchauffement climatique. Trois Etats signataires, le Japon, la Russie et le Canada, ont refusé de continuer à s’imposer des quotas d’émissions comme ils l’ont fait pour la période 2008-2012, si des pays tels les Etats-Unis, la Chine et l’Inde ne s’en donnent pas aussi de leur côté. Or, ces derniers s’y refusent. A défaut de pouvoir régler la question, les parties prenantes ont décidé de reporter le débat à l’année prochaine. Mais elles risquent fort de se retrouver à court de temps, étant donné qu’elles sont censées se fixer de nouveaux objectifs à atteindre à partir du 1er janvier 2013.

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